Accueil > Actualité ciné > Critique > Carmina ! mardi 26 juillet 2016

Critique Carmina !

© Bodega Films

Petits arrangements avec les morts, par Clément Graminiès

Carmina !

Carmina y Amén

réalisé par Paco León

Carmina est une sexagénaire haute en couleurs vivant à Séville avec son mari. Un soir a priori comme les autres, ce dernier rentre chez eux et fait part de vives douleurs à l’abdomen. Quelques instants plus tard, Carmina constate le décès soudain de son mari alors qu’il venait de s’affaler dans un fauteuil du salon. Mais plutôt que de signaler cet événement aux autorités compétentes, Carmina convainc sa fille d’attendre quarante-huit heures, le temps pour elle de toucher la dernière prime salariale du défunt. Contraintes de cohabiter avec le cadavre sur cette période, la mère et la fille vont bien évidemment devoir faire face à un certain nombre de péripéties, des voisines superstitieuses au médecin légiste un peu suspicieux. Ainsi Carmina ! développe-t-il son programme plutôt prévisible sur un peu plus d’une heure trente, courant après une sorte d’originalité qui dépasse difficilement l’intention scénaristique, la monotonie de la mise en scène délestant rapidement les personnages de l’ambiguïté censée les caractériser. Même s’il est un peu facile d’analyser le cinéma espagnol exporté dans nos contrées par le prisme de son écrasante figure tutélaire, force est de reconnaître que le film de Paco León lorgne un peu trop vers l’univers de Pedro Almodóvar : un environnement matriarcal qui établit ses propres lois, un propos qui se veut irrévérencieux (instrumentaliser la mort des proches pour parvenir à ses fins), un vague discours féministe (de cette configuration familiale bouleversée découle un nouvel ordre féminin), quelques discussions « osées » sur le lesbianisme et le plaisir et hop le tour est joué ! Sauf que la patte du réalisateur de Carmina ! est bien loin d’égaler celle de son maître, trop juste dans sa capacité à insuffler un lyrisme salvateur au parcours chaloupé de cette femme qui se décide un peu trop tard à vivre sa vie.

Lumière éteinte

Pourtant cette histoire, aussi conventionnelle soit-elle derrière son originalité trompeuse, ne manquait pas totalement de potentiel. Dans un premier temps, on est tenté de croire que le dispositif choisi par le réalisateur lui permettra de jouer avec ses personnages en explorant leurs tréfonds. Constamment sous-éclairées, les scènes de Carmina ! sont dépourvues du moindre éclat. Cette ambiance mortuaire (volets fermés, peu de plans vers l’extérieur) qui donne à l’appartement des allures de caveau aurait pu nous rendre prisonnier de la subjectivité morbide des personnages, tentés à un moment de croire que le fantôme du mari décédé rôde dans la pièce. C’est que la pénombre permanente prive les corps d’un contour net, laissant craindre que les âmes vagabondes puissent venir régler leurs comptes. Mais plutôt que d’explorer cette dimension anxiogène, le réalisateur préfère jouer sur une dynamique d’opposition : au drame familial s’oppose le mysticisme de pacotille du voisinage, tandis que se dessine pour Carmina une fin plus prématurée que prévue, elle qui entendait enfin goûter à la liberté. C’est que le message final semble primer systématiquement sur le caractère tortueux de cette situation prétendument inconvenante, donnant l’impression que chaque plan doit prouver son utilité dramatique. On en vient alors à se dire que Carmina ! aurait probablement gagné à être montré au théâtre. Au moins la présence du corps encombrant du mari décédé aurait-elle pu être ressentie par le public, créant un malaise qui surpasserait les atermoiements un peu trop attendus de cette galerie de personnages.

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