Accueil > Actualité ciné > Critique > Circles mardi 8 juillet 2014

Critique Circles

Après la guerre, par Ariane Beauvillard

Ce film sera diffusé le lundi 5 décembre à 22:35 sur arte

Circles

Krugovi

réalisé par Srđan Golubović

En 1993, alors que la guerre entre certains états d’ex-Yougoslavie fait rage, Marko, soldat serbe posté dans un petit village bosnien, paie de sa vie la défense d’un marchand de cigarettes attaqué par l’armée occupante. Une dizaine d’années ont passé et trois spectateurs et victimes de la violence serbe seront confrontés aux anciens bourreaux de Marko : Haris, le cigarettier émigré en Allemagne qui tente d’aider l’ancienne fiancée de son sauveur, Nebojša, chirurgien à Belgrade qui a vu sans bouger le lynchage de son ami et fait face au meneur de l’attaque dans ses urgences, et enfin le père du défunt se retrouvant nez à nez avec le fils d’un des meurtriers.

Du déséquilibre des thrillers moraux

On ressent dès les premières images une tension palpable dans les corps et les hésitations de chacun : de la joie des retrouvailles entre Marko et son amante à l’explosion d’une violence gratuite qui verra Haris, petit cigarettier, se faire tabasser par les petits chefs militaires serbes et Marko, son défenseur, mourir sous les coups des mêmes monstres de guerre, il n’y a qu’un pas. La séquence introductive, finalement assez courte, réussit à montrer la mise à plat des hiérarchies morales en temps de guerre, l’impossibilité pour tout être, toute action de sortir d’un contexte omnipotent qui empêche tout geste de générosité. Après s’être beaucoup penchés sur une guerre traumatisante, les réalisateurs serbes et bosniens tentent de filmer aujourd’hui l’héritage du conflit : Circles se dirigent rapidement vers un cinéma sotériologique, un peu coincé, il faut le dire, entre la volonté de créer un rythme haletant et le désir de mettre au jour les débats intérieurs de chacun, non que les deux mouvements soient irrémédiablement paradoxaux. Mais, derrière la caméra de Srđan Golubović, la succession de scènes semble vouloir remplir le mystère laissé par les ellipses et souligner chaque sentiment, chaque élocution morale : de la peur au pardon en passant par la vengeance, toutes les questions seront posées. Qui trop embrasse mal étreint.

Le symbolisme et la coïncidence

L’intérêt de la narration en parallèle est souvent celle de la découverte progressive, du tissage des histoires entre elles par petites touches. Que nenni dans Circles : les symboles sont lourds, les situations assez similaires (voire invraisemblables) et les questionnements trop appuyés. Les trois personnages qui revivent leur deuil sont placés dans des situations trop personnalisées pour paraitre naturelles. Le père de Marko reconstruit ainsi une église sur les hauteurs du village et embauche, après l’avoir rejeté, le fils du meurtrier de Marko... doit-il sauver l’âme de la progéniteur du pécheur ? Le médecin, Nebojša, doit-il sauver le corps du barbare ? Au milieu des problématiques un peu simplettes et des personnages trop écrits, on ne comprend pas toujours ce que les images veulent dire, ou le sens que l’homme qui tire les ficelles veut leur donner. De temps à autre pointe effectivement l’extrême fragilité des survivants et des générations plus jeunes, mais les confrontations (très automatiques et attendues) comme les déchirements éthiques restent tellement accrochés à une technique dramatique qu’ils ne transpirent jamais, ne bouleversent jamais, passent comme un motif de décor ou un personnage figuré. La force du film aurait pourtant pu résider dans son expressivité, sa capacité au laisser-aller entrevue dans les premières minutes. Circles a été probablement lesté par le poids de son sujet et, en voulant tout dire sur l’après-guerre, oublie qu’émotion et force dramatique ne sont pas nécessairement synonymes de complexité et d’empilement.

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