Coexister
© John Waxxx / 2017 EuropaCorp – Chez Félix – France 2 Cinéma
Coexister
    • Coexister
    • France
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Fabrice Éboué
  • Scénario : Fabrice Éboué
  • Image : Philippe Guilbert
  • Décors : Pierre Quefféléan
  • Costumes : Mimi Lempicka
  • Son : Antoine Deflandre
  • Montage : Alice Plantin
  • Musique : Guillaume Roussel
  • Producteur(s) : Édouard de Vésinne
  • Production : EuropaCorp, Chez Félix, France 2 Cinéma
  • Interprétation : Fabrice Éboué (Nicolas), Audrey Lamy (Sabrina), Ramzy Bedia (Moncef), Jonathan Cohen (Samuel), Guillaume de Tonquédec (Benoît), Mathilde Seigner (la présidente Demanche), Amelle Chahbi (Alexia)...
  • Conseiller artistique : John Waxxx
    Chansons originales : Sylvain Obriot
  • Distributeur : EuropaCorp Distribution
  • Date de sortie : 11 octobre 2017
  • Durée : 1h29

Coexister

réalisé par Fabrice Éboué

Premier long-métrage réalisé par Fabrice Éboué en solo, Coexister ne fait pas vraiment bouger vers l’avant les lignes posées par les films coréalisés avec son complice de stand-up Thomas Ngijol, ou le film solo de ce dernier Fastlife. C’est-à-dire qu’on reste dans le registre de la comédie au potentiel vachard et subversif mais qui ne sait s’empêcher de composer : des films qui cherchent à mettre les pieds dans le plat d’un thème qui fâche (le rapport complexé à l’altérité, essentiellement communautaire, dans la société française), mais dont la force de frappe est entravée par les facilités employées pour satisfaire l’impératif de livrer un produit grand public.

Dans Coexister, Éboué interprète lui-même un producteur musical aux abois qui, pour sauver sa place, s’efforce de monter de toutes pièces un trio chantant multiconfessionnel et supposément fédérateur, composé d’un rabbin (bourré de complexes), d’un imam (bidon) et d’un curé (petit saint). Entre les trois hommes dont les petits vices cachés vont peu à peu se faire jour, ce ne sera jamais le franc antagonisme, mais il y en aura toujours un pour provoquer l’autre avec un préjugé le concernant. Éboué, non plus, ne manquera pas une occasion de tirer un gag bien senti sur la perception de l’autre en France, sortant du chapeau des trouvailles plus ou moins finaudes, dont on retiendra cette répartie acerbe d’une femme voilée venant opportunément contrecarrer le cliché de la silhouette muette et soumise. Il y a chez l’humoriste une certaine constance à charger nos complexes sociétaux vis-à-vis de la norme et de ce qui s’en écarte, couplée avec un sens de l’observation certain qui l’aide à faire mouche. Mais fatalement, la limite de la démarche finit par se dessiner : aux moments clés de son récit, le film semble se rétracter, tirer des ficelles plus convenues (voire franchement pauvres, cf. la mésaventure du curé dans un strip-tease) pour espérer satisfaire le plus grand nombre.

Rire ensemble ?

C’est d’autant plus frustrant qu’on sent bien, par moments, qu’Éboué rechigne à consacrer plus de temps que nécessaire à certaines de ces grosses ficelles (voir la sous-intrigue sentimentale sur les problèmes de couple de son personnage, qu’il traite en pointillés et dont il expédie le happy-end). Mais il est indéniable que son intention subversive souffre d’un manque de volonté profonde. Le fait, par exemple, qu’il n’égratigne pas plus que cela l’industrie musicale, s’appuie dessus même, comme dans les prestations musicales des personnages où il reproduit sagement les tics des clips et des captations de concerts, apparaît comme un symptôme : il voudrait donner des démangeaisons à un air du temps, mais lui-même est trop partie prenante d’un système pour se donner les moyens de sa prétention. Même son efficacité comique à caricaturer l’idéal du vivre-ensemble en souffre, faute de se détacher des facilités à mettre sa caricature en place. Son trio mal assorti, malgré le talent comique des acteurs, fonctionne assez laborieusement : de longs passages ne sont de toute évidence animés que par les caractéristiques d’un personnage à la fois (avec une bonne part dédiée au faux imam joué par Ramzy Bedia, dont l’imposture s’avérera un danger majeur pour le groupe). C’est que ces personnages, réalisera-t-on, ne sont écrits et filmés avec guère plus de consistance que les caractéristiques primaires qui justifient leur présence (la fragilité psychologique, l’imposture, le côté boy-scout), ce qui est assurément pratique pour fournir des gags sans effort, mais limite sérieusement la portée de l’ensemble et surtout la crédibilité de l’intention de s’intéresser aux vicissitudes d’un groupe humain. À l’arrivée, on attend encore le film qui se donnera pleinement les moyens d’administrer à la comédie française de rabibochage social d’arrière-garde, le genre de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, le coup de pied au bas-ventre qu’elle mérite.