Accueil > Actualité ciné > Critique > Comme des bêtes mardi 26 juillet 2016

Critique Comme des bêtes

© Universal Pictures International France

Tendres bestioles, par Juliette Goffart

Comme des bêtes

The Secret Life of Pets

Moi, moche et méchant, premier long métrage de la société de production Illumination Entertainment et du réalisateur Chris Renaud, développait un récit initiatique plutôt surprenant, centré sur un adulte et non sur un enfant : l’affreux Gru, souhaitant devenir le plus grand méchant du monde, découvrait en lui sa fibre paternelle et la profonde tendresse qu’elle suppose. Comme des bêtes, sixième film du même duo, développe une trame bien plus classique, proche de la série des Toy Story, du Monde de Nemo et du Monde de Dory : les chiens Max (un joli jack-russell) et Duke (un gros toutou fraîchement arrivé dans le foyer de Max) se sont perdus et doivent apprendre à se débrouiller seuls pour retrouver leur maîtresse. Si l’animal de compagnie est ici, comme les jouets de Toy Story, une énième métaphore d’enfant en plein apprentissage de l’autonomie adulte, Comme des bêtes tire son épingle du jeu en dessinant avec tendresse et humour l’univers animal.

Bêtes à croquer

La comédie de Chris Renaud et Yarrow Cheney (dont c’est le premier long-métrage) poursuit à sa façon l’amusante caricature du chien Doug – qui tombait en arrêt devant tous les écureuils – déjà présente dans Là-Haut des studios Disney-Pixar. Elle aussi reproduit et amplifie avec une grande minutie la gestuelle et les tics des animaux de compagnie. Max, Duke, le teckel Buddy, le bouledogue Mel, la chienne Gidget amoureuse de Max tournent toujours en rond dans leurs panier avant de dormir, courent irrésistiblement après toutes les balles, aboient instinctivement contre les écureuils (encore), tandis que Chloé la chatte et une bande de chats de gouttières se jettent malgré eux sur tout ce qui bouge. À partir de ce croquis animal plein de justesse, Renaud et Cheney opèrent un renversement carnavalesque assez prévisible mais réjouissant : dès que les adultes ont le dos tourné, chiens, chats, canaris et hamsters s’humanisent, s’empiffrent, jouent avec tout ce qu’ils trouvent et font même une fête à tout casser comme des adolescents. Au plaisir de la caricature se joint alors celui du carnaval amenant un retour assez jouissif aux petites transgressions de la jeunesse et l’inversion loufoque des apparences. Un vieux chien presque aveugle chemine ainsi sans problème entre les gratte-ciels de New York ; le grand méchant du film, quant à lui, est Pompon, un petit lapin blanc aux grands yeux innocents qui rêve de massacrer l’humanité.

Pastiches convenus

Pompon prolonge de cette manière l’humour héroï-comique de Wallace et Gromit : le mystère du lapin-garou des studios Aardman où le monstre du film était justement un lapin géant : « la mort arrive à Brooklyn, elle a des grandes oreilles et de grandes dents ! » À la suite d’une longue tradition initiée par Toy Story, en passant par Shrek et le très récent Shaun le mouton, les réalisateurs pastichent ici les codes de mise en scène de l’action movie pour héroïser de manière saugrenue de petits animaux de compagnie. Mais ces scènes d’action – une poursuite en camion, l’attaque d’une fourgonnette de fourrière, une bagarre à une contre mille sur le pont de Brooklyn – ne déploient pas l’inventivité burlesque de la mémorable course-poursuite finale du Monde de Dory, et encore moins celle de l’hilarant Shaun le mouton. On retient malgré tout quelques clins d’œil cinéphiles savoureux notamment une petite référence à Certains l’aiment chaud de Billy Wilder : « Mais je suis un chat ! » s’exclame Chloé pour résister aux avances d’un vieux chien qui lui répond : « Personne n’est parfait. »

Éloge du sentiment

On peut aussi s’étonner de l’insistance initiale du film sur la ville de New York, qui reste ici le cadre très idéalisé et peu détaillé de l’effervescence animale, paré de teintes rosées, d’immeubles pimpants et de parcs en fleurs. Les héros vont certes à Brooklyn mais on découvrira bien peu de choses sur ce quartier, si ce n’est qu’il devient « tendance » et attire les « hipsters ». Le dernier plan du film fait de la cité un paradis pour les bêtes en dévoilant au crépuscule, derrière chaque fenêtre des immeubles de la ville, des maîtres qui câlinent leurs animaux. Mais cette vision finale de la ville est au service de la moralité du conte : montrer l’importance de la vie affective et son triomphe sur les passions de l’ego, thème récurrent des films de Chris Renaud depuis Moi, moche et méchant. Le temps de cette longue quête du foyer perdu, Max apprendra ainsi à aimer son nouveau « frère » Duke, et Pompon le lapin lui-même pourrait bien se laisser surprendre par les sentiments.

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