Accueil > Actualité ciné > Critique > Conjuring 2 : le cas Enfield mardi 28 juin 2016

Critique Conjuring 2 : le cas Enfield

© Warner Bros

L’étoffe des ombres, par Josué Morel

Conjuring 2 : le cas Enfield

The Conjuring 2

réalisé par James Wan

Nous nous interrogions il y a quelques semaines, à propos de The Witch, sur l’état du cinéma d’épouvante aujourd’hui. Conjuring 2 : le cas Enfield, deuxième volet de la franchise de James Wan (cerveau de Saw et Insidious), vient remettre de nouveau la question sur le métier avec un programme que l’on pourrait résumer en une équation simple : Poltergeist rencontre L’Exorciste, sur fond de foyer anglais prolétarien tout droit sorti d’un film de Ken Loach. Soit, sur le papier, un imagier assez surchargé, ce que vient d’emblée confirmer une cavalcade de clichés (bobbies, football, Thatcher et cabines rouges) dans un montage rythmé par le « London Calling » des Clash. La séquence ne reflète toutefois pas complètement la valeur du film, qui creuse un sillon certes maintes fois tracé – à l’image des apparitions du Mal, s’incarnant autant en esprit frappeur qu’en démon ou bien en croque-mitaine –, mais qui fait pourtant preuve, ici et là, d’une réelle inventivité. Si le film n’est jamais très loin de la visite muséale (cf. la salle des trophées où les héros chasseurs de fantômes entassent les reliques de leurs aventures), James Wan revient toutefois, avec un certain brio, à une forme de quintessence du genre en multipliant les jeux d’ombres et les surcadrages qui permettent la circulation de corps et de présences entre les ténèbres (le monde surnaturel) et la lumière (le monde réel). En cela, le film suit une partition parfaitement connue mais diablement efficace dans la suggestion de l’invisible, face à laquelle on se recroqueville souvent sur notre siège dans l’attente de ce qui va, inévitablement, s’immiscer dans le cadre pour briser la croyance naturelle des personnages que le monde est tel qu’il se présente à eux.

Du zootrope aux eaux noires du numérique

Si le cadre au cinéma ordonne et régit ce qui se joue dans le champ de l’action, le procédé du jump-scare, propre au cinéma d’épouvante, tient plutôt à l’inverse d’un surgissement chaotique mettant à bas la structure du plan et redéfinissant les frontières de la perception. Le genre est en somme un bon terrain pour mettre en scène la matière cinéma et ses effets produits – à l’image de Psychose, où le rideau de la douche est aussi le quatrième mur que vient faire tomber Hitchcock pour que le couteau s’abatte sur le spectateur. Chose dont James Wan a parfaitement conscience, en témoigne la place particulière qu’il confère à un zootrope avec lequel joue un petit garçon. C’est aussi ça, le cinéma fantastique : des enfants ravis par le pouvoir d’attraction d’ombres terrifiantes surgissant de l’obscurité pour voler leur innocence. D’où l’impression que si le film ressemble souvent à un gros cahier des charges alourdi par une série de conventions (de l’argument « histoire vraie » à l’atmosphère train-fantôme dans laquelle baigne le film), il brille par instants en se revigorant aux sources du genre. Sauf que James Wan ne fait pas que regarder dans le rétroviseur pour trouver de beaux restes dans la vieille maison hantée qu’est aujourd’hui le cinéma d’horreur : il réinvestit aussi ce territoire en trempant l’étoffe de la peur dans les eaux noires du numérique. Ce qui donne une scène stupéfiante, la plus belle du film, où une apparition on ne peut plus classique – une nonne blanchâtre au visage de démon et son portrait tapi dans la pénombre d’un bureau désert – donne lieu à une trouvaille magnifique : l’ombre projetée de la créature glisse sur un mur jusqu’à arriver au tableau et se matérialiser en un visage qui se précipite sur l’héroïne terrifiée. Si bien que le film se révèle toujours beaucoup plus fort lorsqu’il plonge dans la fantasmagorie (par exemple : un chien se transformant soudainement en la silhouette d’un géant) que dans la révélation, en plein cadre, de trouvailles graphiques (ce même croque-mitaine géant, au fond assez miteux). Du zootrope aux mirages du numérique, c’est bien dans les ombres que Conjuring 2 puise une vitalité suffisamment rare pour être saluée.

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