Accueil > Actualité ciné > Critique > Contrebande mardi 15 mai 2012

Critique Contrebande

Rien de neuf sous le soleil, par Ursula Michel

Contrebande

Contraband

réalisé par Baltasar Kormákur

N’est pas McTiernan qui veut. Et le réalisateur Baltasar Kormákur en fait la démonstration grandeur nature dans Contrebande. Remake du long métrage islandais Reykjavík-Rotterdam, le film, qui se verrait bien en actioner tout terrain, parvient à peine, et avec difficulté, à remplir son cahier des charges, pourtant téléguidé. Un passeur, des dealers, des flics et un traître, ingrédients normatifs d’un thriller classique, ne suffisent pas à insuffler le suspense et la testostérone nécessaires à la bonne tenue de Contrebande.

Chris (Mark Wahlberg) ancien contrebandier de haut vol, s’est rangé des bagnoles. Installateur de systèmes de sécurité, il coule des jours paisibles avec sa femme Kate (Kate Beckinsale) et leurs enfants. Mais c’est sans compter le petit frère de Kate, ado un poil décérébré, qui contracte une grosse dette envers le caïd du coin. Chris n’a d’autre choix que monter un coup pour éponger l’ardoise. Évidemment, des imprévus vont mettre à mal ce plan, mais comme toujours à Hollywood, tout est bien qui finit bien.

Inutile de s’attarder sur le scénario. Mêlant les poncifs du genre et les clichés les plus éculés, il a dû être pondu au cours d’un brainstorming faiblard. Mais un bon film d’action peut faire l’impasse scénaristique si la mise en scène est au rendez-vous. Or, c’est là que le bât blesse. La réalisation de Kormákur se révèle vite plate, sans enjeu ni ambition. Les séquences suivent une trame chronologique et s’enchaînent sans surprise jusqu’au twist final, lui aussi attendu. Pratiquant à outrance le champ-contrechamp, les scènes peinent à impliquer le spectateur dans la spirale infernale censée aspirer les personnages. Le changement de décor, d’une banlieue grise au soleil écrasant de Panama, qui aurait pu créer une ambivalence chromatique, sensorielle et signifiante, ne fait que dérouler des images d’Épinal. L’Amérique centrale est forcément bourrée de criminels stupides (le clin d’œil à une toile de Jackson Pollock) et de pauvres types facilement corruptibles. Quant à la bande de Wahlberg, elle exsude d’intelligence (à se demander pourquoi le héros a arrêté sa carrière) face à des policiers totalement largués. Cette caractérisation simpliste irrigue le métrage, autant sur le fond que sur la forme. Dommage à la vue du casting, qui aligne deux perles du cinéma américain, Giovanni Ribisi et Ben Foster. Mais leurs partitions (le caïd et l’ami/traître) leur offrent à peine la possibilité de montrer leur talent, tant leurs rôles sont écrasés par le manichéisme du film.

Sans aspérités, les personnages hantent le film comme des silhouettes sans chair et sans passion. Si le thriller est un genre codifié (héros archétypaux, schémas narratifs…), il mérite tout de même une réinterprétation, une appropriation qui manque cruellement à Contrebande.

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