Accueil > Actualité ciné > Critique > Course à la mort mardi 14 octobre 2008

Critique Course à la mort

Game Over, par Matthieu Santelli

Course à la mort

Death Race

réalisé par Paul W.S. Anderson

Il faut bien que le cinéphile, de temps en temps, fasse une pause. Car entre un Béla Tarr et un Philippe Garrel, il est parfois nécessaire de recharger nos batteries. C’est à des réalisateurs comme Paul W.S. Anderson qu’il incombe une telle tâche, assez ingrate, souvent méprisée mais pas moins importante. Car le cinéma, sans ses séries B, sans ses tares les plus abrutissantes, ne serait pas tout à fait ce qu’il est, et ça nous manquerait…

Comme tout le monde sait, c’est dans les vieux pots d’échappement qu’on fait les meilleurs nanars. Paul W.S. Anderson est donc aller puiser son inspiration en « remakant » un film de 1975, réalisé par Paul Bartel et produit par l’éternel Roger Corman : La Course à la mort de l’an 2000. Mais cette fois, au lieu d’une course autour du monde, le scénario qu’Anderson, en auteur complet, a écrit, guidé, on le devine, par les restrictions budgétaires, réduit le parcours automobile à une île carcérale. Car voilà, l’économie américaine en 2012 se serait effondrée (tiens donc ?), et pour distraire la populace qui rapidement se lasse, une idée salace est soudainement mise en place : transformer les prisons surpeuplées en arènes dans lesquelles les détenus s’entretueraient jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un vainqueur. Ce spectacle sauvage est un vif succès, et comme tout bon phénomène de télé-réalité sans scrupule qui se respecte, toute une gamme de variantes s’y décline. La dernière en date, celle qui nous intéresse, consiste donc à faire courir les bagnards autour de leur prison à bord de bolides « tunés » à coup de carrosseries blindées, sulfateuses à balles perforantes, lance-missiles et autres délicatesses « jamesbondo-madmaxiennes ».

Ce point de départ est prometteur. Instantanément on pense aux visions satiriques des jeux du cirque médiatique d’un Paul Verhoeven, à la réflexion sur le rapport entre la représentation et le jeu vidéo des frères Wachowski ou à la sublimation de la violence brute comme exutoire sexuel de George Miller. Mais c’est Paul W.S. Anderson qui réalise, l’homme à l’origine de Mortal Kombat (1995) et Alien vs Predator (2004), c’est-à-dire quelqu’un qui filme sans personnalité, sans conviction, sans idée, bref sans âme. Mais doit-on s’en plaindre pour autant ? Peut-on reprocher à Anderson de ne pas faire ce qu’il ne peut ni (surtout) ce qu’il ne veut pas faire ? Bien sûr que non, ça serait mesquin. Car s’il n’y a pas beaucoup d’âme dans cette Course à la mort, il y a tout de même de la vitalité. Et, quoi qu’on en pense, il faut bien admettre qu’Anderson tient ses promesses : les courses seront bourrines, les tueries sanglantes et l’intrigue prétexte à tout ça. Mine de rien, faire un film qui réussisse à être à la fois con et méchant (et non pas l’un ou l’autre), c’est aujourd’hui un relatif exploit. De manière assez ironique, Anderson, qui s’est spécialisé dans l’adaptation live des jeux vidéo, en comprend ici ce qui lui avait tant échappé auparavant : leur mécanique proprement immersive. Curieusement, les défauts classiques des séries B américaines, deviennent ici les atouts de cette démarche radicale. On ne « fictionnalise » plus artificiellement le jeu, on se contente d’en respecter le programme. Quitte à ce que le scénario reste sur le bas-côté et les personnages réduits à l’état de crash test dummies. C’est là que le film fonctionne le mieux, quand il reprend à son compte les principes élémentaires du jeu vidéo (comme ces icônes que les voitures « ramassent » sur le circuit pour activer leurs armes, directement reprises du célèbre Mario Kart).

Pour cette histoire de gladiateur (d’ailleurs totalement calquée sur le film de Ridley Scott), il fallait bien sûr un Spartacus. C’est le désormais incontournable Jason Statham qui s’en charge. Mine de rien, entre lui, Dwayne Johnson et Vin Diesel, la dernière génération de films d’action prend sérieusement forme. Ces comédiens, contrairement à Schwarzenegger, n’ont pas eu l’opportunité (et ne l’auront sans doute jamais) d’avoir des McTiernan, des Verhoeven ou des Cameron pour exploiter cinématographiquement leur corps d’athlète. Ils n’auront pas l’occasion de marquer autant l’histoire du cinéma que leurs aînés, les blockbusters d’action sont maintenant trop sophistiqués, trop cérébraux pour les performances « d’acteur » qu’ils sont en mesure d’offrir. Si on devait tracer une lignée, il faudrait plutôt leur trouver une paternité du côté de Van Damme ou Steven Seagal à l’époque où leurs films sortaient encore, et avec succès, sur les écrans. Soit des petites séries B, pas très sérieuses, pas franchement bonnes, mais tout à fait dignes. La résurgence de ce petit cinéma modeste et populaire fait plaisir et paraît même essentielle à une époque où l’on fait la part belle aux films de prestige au détriment des films d’exploitation. Le majeur aura toujours besoin du mineur comme point d’appui, autant que cette béquille soit solide.

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