• Dans la tourmente

  • France
  • -
  • 2011
  • Réalisation : Christophe Ruggia
  • Scénario : Christophe Ruggia
  • Image : Éric Guichard
  • Décors : Jean-Michel Simonnet
  • Montage : Tina Baz
  • Musique : Michael Stevens
  • Producteur(s) : Bertrand Faivre
  • Production : Le Bureau
  • Interprétation : Mathilde Seigner (Hélène), Clovis Cornillac (Franck), Yvan Attal (Max), Céline Sallette (Laure), Jean-Philippe Meyer (Henri), Gilles Masson (Charlier), Abel Jafri (Farid)
  • Distributeur : Wild Bunch
  • Durée : 1h47
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Dans la tourmente

réalisé par Christophe Ruggia

Les temps de crise représentent-ils la meilleure source d’inspiration actuelle pour le cinéma français ? Après avoir brillamment investi le terrain de l’errance adolescente avec le très personnel Les Diables, Christophe Ruggia tente de mettre en scène la révolte d’ouvriers délaissés par les projets de délocalisation de leur patron. Seulement, à force de vouloir conjuguer dénonciation sociale et polar haletant, le réalisateur perd brutalement l’équilibre et désengage son film de tout propos véritable.

Selon Christophe Ruggia, il ne fait pas très bon vivre dans le milieu ouvrier marseillais. C’est ce que Franck apprend à ses dépens, au quotidien : le travail en usine, la douleur de l’effort physique, la peur de perdre à tout moment son emploi ou de provoquer le départ de son épouse Hélène et de ses propres enfants. Alors, lorsqu’il prend connaissance d’un projet de délocalisation couplé à un détournement de recettes, Franck propose à son meilleur ami Max, ancien ouvrier sur le carreau, de commettre un braquage pour intercepter l’argent.

On l’aura donc compris : si la peinture sociale du réalisateur se veut être lucide et compatissante, elle tombe rapidement dans le piège d’un misérabilisme facile et dangereux. Car le parti-pris très ambigu du cinéaste consiste bel et bien à présenter la violence comme le recours naturel et évident afin de lutter contre la précarité. Certes, sur le plan scénaristique, cela offre à ce nouveau long-métrage l’occasion de développer un univers sombre, mais dans les faits, cet amalgame trahit les nombreuses maladresses du film.

Franck devient ainsi l’archétype du gars un peu rustre mais au « bon fond », qui se laisse progressivement happer par la violence. Cette chute libre correspond au basculement du film dans le genre du polar, le braquage tournant rapidement à l’homicide et à la traque acharnée des deux hommes. Même si elle est attendue, cette évolution se trouve toutefois décrédibilisée par la rapidité avec laquelle elle apparaît. Le problème ne concerne donc pas tant le basculement du film dans le genre du thriller – qui tente de surfer sur la carte du complot politique – mais bien davantage la simplicité sommaire de la peinture sociale qui est censée le justifier. Rendue arbitraire, la violence devient une facilité, et tourne alors en ridicule toute perspective d’une critique sociale sérieuse.

Dès lors, le geste de Franck et Max résonne comme un cri de révolte absurde, qui répond à une pauvreté non pas inexistante, mais peu crédible. Se plaindre de l’état de son jardin, d’un retrait limité à 10 euros ou d’un thé préparé à l’aide d’une casserole ne suffisent pas à nous convaincre d’un cadre social qui prétend faire de la violence la seule perspective d’avenir possible. La mise en scène peine à masquer cette caricature et fait la part belle aux répliques creuses et aux métaphores grossières, propres à suggérer, comme à travers le goût de Max pour la pêche, que le pauvre éprouve bien des difficultés à maintenir la tête hors de l’eau. Malheureusement, ni Mathilde Seigner ni Clovis Cornillac – et encore moins Yvan Attal – ne parviennent à sauver le film de ce naufrage, apparaissant eux-mêmes peu convaincus par le contenu de leurs tirades sociales. Si on crie et tape rapidement des poings chez Christophe Ruggia, ce n’est donc finalement que pour rabattre inutilement les pires clichés. De quoi légitimement penser que le cinéma social serait davantage en phase avec les angoisses des cadres, à l’instar du dernier film de Jean-Marc Moutout, qu’avec les tracas de la classe ouvrière.