Accueil > Actualité ciné > Critique > Danse avec lui lundi 19 février 2007

Critique Danse avec lui

Un cheval a fait le printemps, par Clément Graminiès, Michael Dequet

Danse avec lui

réalisé par Valérie Guignabodet

Mathilde Seigner, nouvelle coqueluche du cinéma écologiste, retrouve la réalisatrice Valérie Guignabodet, deux ans après Mariages !, pour un projet plutôt ambitieux autour du monde équestre. Si la mise en scène n’est toujours pas à la hauteur de nos attentes, Danse avec lui vaut surtout pour l’énergie déployée pour cerner la complexité de la relation qui unit l’homme au cheval.

Voilà plusieurs semaines que l’affiche du film nous faisait craindre le pire à propos du troisième long métrage de Valérie Guignabodet. La présence de Mathilde Seigner dans un environnement rural donnait l’impression d’une resucée d’Une hirondelle a fait le printemps (succès surprise en 2001) et le titre rappelait vaguement un vieux tube ringard de C. Jérôme. Pas très emballant, en somme. Il faut dire que le cheval a passionné bon nombre de cinéastes qui n’ont que très rarement relevé le défi de cerner l’ambivalente relation de l’homme à cet animal que l’on s’obstine toujours à dresser quand la voiture l’a définitivement supplanté. Entre l’anesthésié L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux de Robert Redford et le raté de Mister V d’Émilie Deleuze – ne parlons même pas du dégoulinant Seabiscuit – il n’y a eu guère que Patricia Mazuy et son Basse-Normandie pour rendre compte de toute cette fièvre qui peut lier un cavalier à sa monture.

La réalisatrice de l’oubliable Mariages ! arrivait donc en terrain miné et se devait de refuser tous les compromis pour donner vie à ce projet qui lui tenait visiblement à cœur depuis de nombreuses années. D’un strict point de vue cinématographique, Danse avec lui est sans véritable ambition. Tout au plus, la réalisatrice tente un parallélisme symbolique plutôt lourdaud entre le chaos de la vie conjugale d’Alexandra (Mathilde Seigner) – un mari infidèle qui se tue rapidement sur la route – et un grave accident de cheval qui l’immobilise pendant un long moment. Passé cette introduction plombée d’effets dramatiques agaçants (montage maladroitement nerveux, musique omniprésente), le film change de cap lorsque la rescapée rencontre un vieil écuyer (incarné par le trop rare Sami Frey) qui a mis toute sa vie dans les chevaux au risque de se couper des hommes. Le dressage et la relation qui les lie à l’animal devient alors un prétexte permettant aux deux personnages de se (re)construire et de (ré)apprendre à aimer. L’idée n’est pas nouvelle et le traitement n’évite pas les facilités. Mais le point fort de Valérie Guignabodet, c’est de vraiment connaître le monde équestre et de s’être entourée, en l’occurrence, de deux grands dresseurs (Bernard Sachsé et Jean-François Pignon qui endosse même le rôle de Miguel). Du coup, difficile de ne pas reconnaître que la réalisatrice réussit ce que d’autres (Émilie Deleuze, notamment, mais qui ne disposait pas non plus des mêmes moyens) ont raté : une approche documentaire de la relation complexe qui unit l’homme au cheval au sein d’une fiction. L’investissement des deux acteurs principaux (dont Mathilde Seigner qui s’est emparée du rôle avec une étonnante détermination) fait beaucoup dans la demi-réussite de ce film qui aurait cependant gagner à faire preuve d’un peu plus d’audace formelle.

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