De toutes nos forces
De toutes nos forces
    • De toutes nos forces
    • France
    •  - 
    • 2013
  • Réalisation : Nils Tavernier
  • Scénario : Laurent Bertoni, Pierre Leyssieux, Nils Tavernier
  • Image : Laurent Machuel
  • Décors : Jean-Michel Simonet
  • Montage : Yann Malcor
  • Musique : Bardi Johannsson
  • Producteur(s) : Philip Boëffard, Christophe Rossignon
  • Production : Nord-Ouest
  • Interprétation : Jacques Gamblin (Paul Amblard), Alexandra Lamy (Claire Amblard), Fabien Héraud (Julien Amblard), Sophie de Fürst (Sophie Amblard), Xavier Mathieu (Sergio), Pablo Pauly (Yohan), Christelle Cornil (Isabelle)
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Date de sortie : 26 mars 2014
  • Durée : 1h30
  • voir la bande annonce

De toutes nos forces

réalisé par Nils Tavernier

On sait d’avance qu’en se montrant plus que circonspect par le film De toutes nos forces, on risque fort de passer pour des insensibles de première classe. Il faut dire que Nils Tavernier ne laisse pas vraiment le choix au spectateur de ne pas le suivre dans sa démarche de cinéaste, tant la prétendue noblesse du propos semble vouloir annihiler toute dimension critique face au procédé employé. Il ne s’agit pas de jouer les grincheux mais de ne pas succomber pour autant à la tentation d’une émotion trop facile où il ne serait plus nécessaire de questionner le moindre choix d’écriture. Et pourtant, en contant l’aventure d’un jeune paraplégique engagé dans un triathlon aux côtés d’un père au départ peu causant, De toutes nos forces ne se fixe pas d’autre objectif que celui d’être rassembleur, de faire parler d’une même voix tous les spectateurs forcément touchés par une telle leçon de courage. Et pour mieux dissiper le doute, le cinéaste n’a justement pas hésité à faire jouer un « vrai » paraplégique, Fabien Héraud, qui a probablement le beau mérite d’être le seul à se mettre en danger au sein d’un récit cousu de fil blanc où les schémas psychologiques prédominent.

Peur du désordre

La répartition des rôles est ici pensée selon leur stricte utilité pour permettre au récit d’avancer : soit Julien, adolescent rêvant de grande aventure et de flirts amoureux, constamment ramené à la frustration qu’amène son lourd handicap. Autour de lui, une mère excessivement aimante et culpabilisée (Alexandra Lamy, un peu raide), un père démissionnaire (Jacques Gamblin, un peu transparent) et une sœur qui est là parce qu’il faut bien créer quelques (faux) appels d’air face à tant de déterminismes scénaristiques. Empesés, explicatifs et lourdement naturalistes, les dialogues ne sont là que pour créer d’artificiels obstacles au désir de Julien selon une stratégie de vases communicants qui font du père puis de la mère les clés de résolution de l’intrigue. Alors qu’il est ici question d’affirmation de soi, De toutes nos forces semble craindre le désordre comme la peste, comme si insuffler un peu de vie et de spontanéité au propos risquait de perturber la trajectoire du film.

L’autocélébration

Pourtant, le mouvement aurait dû être la clé de voûte du long-métrage. Mais on devine trop rapidement ce que le réalisateur sera capable d’en faire : il suffit par exemple de voir comment au statisme des scènes d’intérieur, la mise en scène répond par d’amples travellings sur les paysages montagneux environnants, comme pour rappeler de manière trop symbolique la prison intérieure à laquelle est condamné Julien. De toutes nos forces est entièrement tourné vers l’épreuve de triathlon (qui représente à elle-seule le dernier tiers du métrage), point d’achèvement logique à un film qui n’a pas dessiné la moindre autre piste narrative. Le résultat n’a rien à envier aux feel good téléfilms de première partie de soirée diffusés sur TF1 : dans une sorte de drôle d’autocélébration, le réalisateur filme sans se lasser les nombreux spectateurs applaudissant à tout rompre le courage d’un jeune paraplégique accompagné d’un père qui semble avoir découvert tout à coup qu’il aimait son fils. Il y a là une satisfaction devant l’exploit qui cache péniblement la vacuité totale du propos. Avec cette neutralité universelle et bien pensante, Nils Tavernier a condamné son film à être terriblement inoffensif, ce que le sujet et son interprète principal ne méritaient probablement pas.