Accueil > Actualité ciné > Critique > Dernier étage gauche gauche mardi 16 novembre 2010

Critique Dernier étage gauche gauche

Ouvrez, ouvrez la porte aux huissiers, par Ursula Michel

Dernier étage gauche gauche

Dernier étage gauche gauche

Les huissiers de justice sont en colère. L’affiche de Dernier étage gauche gauche leur déplaît. Hippolyte Girardot, fictionnel huissier de son état, gît bâillonné au fond d’une baignoire. Les assermentés manquent sans doute d’humour, car le premier long d’Angelo Cianci se veut une comédie (et non un torture-porn), une satire de la paranoïa ambiante face au terrorisme islamiste et un huis-clos qui s’ambitionne humaniste mais ne tire que superficiellement les ficelles bien-pensantes du vivre ensemble. Pas de quoi faire un procès.

En ce jour anniversaire du 11-Septembre, date symbolique un peu facile, François Echevarria quitte son domicile, sa sacoche en cuir sous le bras, pour se rendre sur les lieux de sa première intervention. Suite à des loyers impayés, il doit saisir les biens d’un locataire d’une HLM de banlieue. Ce même matin, Mohand Atelhadj, le locataire en question, poste son mandat pour régulariser sa situation. Simultanément, son fils Salem attend un dealer pour qui il a réceptionné quelques kilos de marchandise. Mais, une fois l’huissier sur les lieux, Mohand ne peut prouver sa bonne foi et l’expulsion doit commencer. Totalement flippé à l’idée que l’appartement soit fouillé, Salem décide de se barricader avec son père et embarque inopinément François. La saisie tourne en prise d’otages, relayée avec vélocité par une presse prompte aux raccourcis (des arabes, une banlieue, le 11/09). L’attente commence, entre peur, règlements de compte et révélations.

Sans être un mauvais film, Dernier étage gauche gauche ne brille guère par son originalité. On suit l’évolution des relations entre les trois protagonistes sans être véritablement impliqué (pas même émotionnellement). Les confrontations père/fils, alors qu’elles devraient constituer l’ossature du récit, paraissent caricaturales. Mohand, le père, immigré, ne semble pas en mesure de canaliser les emportements de son fils. Victime passive d’un drame qui risque de précipiter l’existence de son enfant en prison, il ne conteste qu’à peine la violence dont il est le témoin. Inversant les rôles de dominance, le père se cache de son fils pour libérer l’huissier de ses cordes et bâillon. Quant au représentant de la loi (et de l’état de droit), il patauge dans le marasme de son existence (sa femme veut divorcer) et n’envisage jamais sa situation d’otage comme préoccupante (comment pourrait-il du coup en être autrement pour le spectateur). Et c’est bien le point névralgique du film, on se désintéresse profondément du devenir de Mohand, François et Salem. Vont-ils de faire dessouder par le GIGN dépêché sur place ? Parviendront-ils à se sortir de ce bourbier absurde ? Quel secret Mohand cache-t-il sur sa vie passée ? Autant de questions auxquelles le film répond mais sans suspense ni attente de la part du public.

Seule l’apparition démesurée des médias sauve le film du naufrage. Télévision, radio, presse écrite, tout ce petit monde se bouscule au portillon, tentant de tirer son épingle du jeu en misant sur un story-telling et une dramatisation extrême. La presse pourrait tout autant que les huissiers crier à la caricature, même si celle-ci n’est pas étrangère à l’anxiété générale face à la violence dans les quartiers.

Malgré cette utilisation légèrement décalée et agréablement rafraichissante, Dernier étage gauche gauche sombre dans ses dernières minutes dans un populisme idiot. Les habitants de la cité sont invités par François (l’otage devenu partisan de Mohand et Salem, syndrome de Stockholm oblige) à balancer par la fenêtre tout ce qui leur tombe sous la main pour signifier leur désaccord avec le traitement policier et médiatique dont ils sont les victimes. Réfrigérateur, canapé, chaise s’écrasent en bas des tours dans un joyeux bordel sensément cathartique.

Véhiculant les clichés de l’huissier sans cœur (mais qui peut se repentir) et des policiers inutiles sauf à mettre de l’huile sur le feu, Dernier étage gauche gauche se voudrait libérateur et humaniste mais n’atteint que péniblement le degré de rébellion d’un camp de scouts. Sauf à vouloir se perdre, ne prenez pas à gauche gauche au dernier étage. La vue n’y est ni panoramique ni dégagée.

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