Accueil > Actualité ciné > Critique > Destination finale 5 mardi 30 août 2011

Critique Destination finale 5

Impitoyable faucheuse, par Olivia Cooper Hadjian

Destination finale 5

Final Destination 5

réalisé par Steven Quale

Plus de dix ans après ses débuts, la franchise Destination finale continue de se renouveler gentiment. Elle se maintient également à l’écart des plus gros succès gore actuels, avec ses tortures sans bourreau et ses exécutions ludiques.

Le principe de Destination finale est invariable : cela débute par la vision prémonitoire d’un personnage, qui lui permet d’échapper à une catastrophe de grande ampleur tout en sauvant au passage ceux qui auront pris son avertissement au sérieux. Mais ce coup de chance inespéré ne tarde pas à se muer en malédiction : un par un, les rescapés sont victimes d’accidents mortels. Aucune chance de s’en sortir car, comme l’indique le seul personnage récurrent de la franchise, c’est la mort elle-même qui vient ainsi réclamer son dû.

Cet argument assez idiot se prête parfaitement à la prolifération des épisodes : rien n’empêche la trame de base de se répéter, puisque c’est dans le détail scénaristique et l’efficacité visuelle que réside le potentiel de réussite de chaque film. Le cinquième opus échappe en la matière à toute tentation de paresse. Plus que dans les précédents, les séquences d’accident s’y présentent comme des casse-tête : plusieurs anomalies potentiellement dangereuses sont soulignées à l’image, reste à deviner quelle combinaison va produire l’effet mortel attendu. En tenant la clé de l’énigme à distance pendant des durées conséquentes, le film produit des moments de suspense d’autant plus éprouvants qu’ils sont nourris par l’imagination du spectateur. Instinctivement, celle-ci s’échine à prédire le scénario catastrophe, et donc à imaginer différentes possibilités toutes plus répugnantes les unes que les autres. Elle démultiplie ainsi d’elle-même les brefs moments gore effectivement livrés par le film.

De fausse piste en fausse piste, c’est finalement par une réaction en chaîne grotesque que chacun des casse-tête se conclut. Le film donne ainsi sa justification à la tension presque douloureusement accumulée auparavant ; l’éclat de rire que suscite le moment de la mort est d’autant plus jubilatoire que les minutes qui l’ont précédé ont été éprouvantes. Ces conclusions flamboyantes empêchent de considérer le système du film comme sadique ; il faut plutôt y voir la quête d’un effet cathartique maximum. Le film nous confronte à l’aspect toujours partiellement imprévisible de l’emboîtement des causes et conséquences qui régissent l’univers, et au sentiment de vulnérabilité qui en découle, sous un mode aussi riche en émotions fortes qu’un tour de montagnes russes.

Les principaux défis posés par le principe de Destination finale sont donc ici joliment relevés. Le reste est mis en œuvre avec application, à défaut d’inventivité. Les broderies scénaristiques sont habilement incorporées au motif principal, au sein d’un élégant travail de photographie et de cadrage. On ne prétendra pas avoir été frappé par la qualité de la 3D, bien que Steven Quale ait une expérience certaine en la matière (il a notamment travaillé sur les effets visuels d’Avatar). Tout au plus aura-t-on pu trouver plaisante la profondeur qu’elle donne aux plans de visages et pénibles les quelques moments d’invasion de la distance séparant le spectateur de l’écran. Fortement ancré dans une logique industrielle, Destination finale 5 manque de personnalité pour marquer durablement. Reste cependant, dans le champ restreint de ses ambitions, la qualité et l’intensité de l’expérience proposée.

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