Accueil > Actualité ciné > Critique > Devil mardi 19 avril 2011

Critique Devil

Tare Devil, par Fabien Reyre

Devil

réalisé par John Erick Dowdle

Devil repose sur un concept très simple qui a le charme vintage de certains épisodes de La Quatrième Dimension : soient cinq individus qui ne se connaissent ni d’Ève ni d’Adam, montent en même temps dans l’ascenseur d’un immeuble de bureaux de Philadelphie et se retrouvent bloqués entre deux étages. Évidemment, la panne n’a rien d’accidentel et nos cinq cobayes vont devoir affronter une force surnaturelle qui semble vouloir révéler leurs secrets les plus sombres tout en les dézinguant les uns après les autres... L’idée, simple comme bonjour, peut se décliner à l’infini tant les pistes à explorer sont nombreuses : du cauchemar gore de The Thing à l’ennuyeux casse-tête de Cube, le principe du huis clos est sujet à toutes les interprétations cinématographiques. Et l’on n’est pas moins curieux de voir ce que M. Night Shyamalan, auteur du récit dont s’inspire le scénario et producteur du film, peut proposer lorsqu’il n’est pas soumis à la pression de la mise en scène et qu’il se frotte, pour le plaisir et avec moins d’enjeu, à l’exercice des variations sur un thème imposé. Lui, le maître des illusions et des chausse-trappes, le roi des retournements de situation perfectionnés de Sixième sens en Incassable et de Signes en Village, a forcément un petit tour de passe-passe en réserve pour pervertir un concept aussi simplet...

La réponse est non, hélas. Car au terme des très longues quatre-vingts minutes de ce pathétique thriller horrifique, on en vient à regretter les récits balisés des mauvaises séries Z de notre enfance : à tout prendre, mieux vaut encore un scénario couru d’avance que ce fourre-tout indigeste aux nauséabonds relents moralistes sur les thèmes du pardon et de la rédemption. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : en poussant à l’extrême le célèbre « L’enfer, c’est les autres » cher à Sartre (ici, le Diable se cache dans l’ascenseur), le réalisateur John Erick Dowdle ne s’embarrasse pas de pincettes et se vautre dans le conte horrifique au sous-texte pseudo-philosophique : qu’est-ce que le mal ? où se niche le péché ? Et quand peut-on se laisser aller au pardon ? Autant de questions traitées à la va-comme-je-te-pousse avec la subtilité d’un épisode de La Philo selon Philippe réalisé par un assistant réal de Saw VI.

Au petit jeu du chat et des souris qui se trame dans l’ascenseur répond, en contrepoint, l’enquête d’un flic-bourru-avec-un-trauma-qui-lui-fait-beaucoup-froncer-les-sourcils et qui, bien entendu, va comprendre que ce n’est pas qu’un hasard s’il doit enquêter sur cette affaire. Il n’est pas interdit de bâiller ou de lever les yeux au ciel, selon l’état de fatigue ou d’énervement, face à l’interprétation mastodonte des cinq protagonistes enfermés, pour lesquels on serait bien en peine d’éprouver une once d’empathie. Inutile d’espérer un semblant de mise en scène qui viendrait perturber la monotonie de l’ensemble en proposant, par exemple, un début d’idée de traitement de l’espace confiné dans lequel se trame l’intrigue. Le nom de Shyamalan, argument de vente apparemment imparable (mais pour combien de temps encore ?) trône sur l’affiche. Y a pas de quoi être fier.

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