Accueil > Actualité ciné > Critique > Dreamland mardi 31 juillet 2007

Critique Dreamland

Virgin Spirit, par Romain Le Vern

Dreamland

réalisé par Jason Matzner

Dans une communauté retirée du désert du Nouveau-Mexique baptisée Dreamland, les gens s’ennuient et se contentent de peu. Audrey, une adolescente à peine majeure, partage son temps entre son père souffrant d’agoraphobie et sa meilleure amie qui rêve de devenir Miss Amérique. L’arrivée de nouveaux voisins et de leur fils va bouleverser le train de vie quotidien. Faut-il passer son existence à se dévouer servilement pour les autres ou assumer enfin ses désirs pressants ? Vaste problème. Au cœur de cette douce chronique estivale faussement meringuée.

Soyons clairs : Dreamland part avec de sérieux handicaps et laisse craindre le pire dans le registre si mal fréquenté du film sur – et pour – l’adolescence avec ses nymphettes en maillot de bain et son style clinquant de carte postale ensoleillée. On découvre les premières images avec la triste impression que l’on va assister à une de ces énièmes bluettes estivales insignifiantes à base de roucoulades sentimentales et de clichés laborieux. Surprise : il n’en est rien. Du moins dans sa première heure.

Ce petit film indépendant, étrange et sensuel comme un morceau de Goldfrapp, appartient contre toute attente à cette catégorie de fictions plus sensibles que la moyenne qui usent de la toile de fond ado pour en dévoiler l’envers du décor avec son cortège de dépressions identitaires. Sous son apparente mièvrerie mélodramatique, le film, initiatique sans en avoir l’air, montre combien est escarpé le chemin qui mène à ce quelque chose d’indistinct et de bizarre qui s’appelle reconnaissance et acceptation de ses sentiments. Avec ses deux personnages féminins – l’une est atteinte de sclérose en plaques, la seconde peine à exprimer l’attirance trouble qui la travaille – fâchés avec l’existence, le film aurait très bien pu surenchérir dans le drame putassier avec trémolos de rigueur. Mais avec son rythme nonchalant, il fustige toute forme de complaisance et impose même une certaine rigueur.

S’il part sur de bonnes bases, l’opus reste extrêmement prudent par modestie. Sans doute parce que des cinéastes (et pas des cinéastes de rien) ont déjà brillamment décortiqué les zones d’ombre de l’âge ingrat et traité de la difficulté de passer à l’âge adulte (renoncer à ses rêves, faire des choix cruciaux, se fondre dans des contingences tannantes). Matzner semble retenir ses ardeurs et donne une grande importance à une atmosphère presque aérienne. C’est un parti-pris, et il en existe des pires, mais les ombres tutélaires de Sofia Coppola et autres Gus Van Sant planent ostensiblement sur ce récit. Quelques maladresses de style aussi bien formelles que narratives, défauts propres aux premiers films, n’entachent que partiellement la tenue de cette fiction faussement primesautière.

Afin de donner plus de substance, le cinéaste anciennement photographe dépeint la micro-société de Dreamland, communauté retirée du désert du Nouveau-Mexique où s’échouent des mobile home et des âmes meurtries gangrenées par l’obsession de la mort et de l’autodestruction. Les interprètes campent au plus juste des personnages qui se débattent dans des espaces restreints et, surtout, entre les murs invisibles de leurs obsessions intérieures. S’il ne révèle rien de transcendant et perd beaucoup de son intérêt dans une dernière partie inutilement étirée, le résultat, plus noir désir que rose bonbon, mérite le détour de l’œil. Ne serait-ce parce qu’il regarde les douleurs adolescentes dans le blanc des yeux tristes et livre une réflexion sur la solitude de ceux qui veulent échapper à eux-mêmes.

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