Accueil > Actualité ciné > Critique > Frères de sang mercredi 11 mai 2005

Critique Frères de sang

Film de guerre coréen, par Sophie Labeille

Frères de sang

Taegukgi hwinalrimyeo

réalisé par Kang Je-gyu

Année 1950 : la guerre éclate en Corée. Deux frères se retrouvent dans le conflit, bientôt sanglant, qui divise leur pays. Le Sud doit se défendre contre l’envahissement du Nord. C’est le premier conflit mondial qui oppose capitalisme (le Sud est soutenu par l’ONU et les Etats-Unis) et communisme (la Chine et la Russie combattent aux côtés du Nord).

Kang Je-gyu est reconnu comme l’un des réalisateurs coréens les plus novateurs. Les séquences de son film sont d’un réalisme inusité dans le cinéma coréen. Des chars grandeur nature, un train à vapeur, des véhicules blindés, 25000 figurants, un millier d’armes d’époque, deux tonnes de poudre et de munitions. Le travail préparatoire est aussi d’une ampleur considérable : quinze mois de recherches documentaires, trois mois de repérages et simulations, six mois de castings. Durée du tournage exceptionnelle : cent quarante jours. Frères de sang est le premier film coréen à utiliser un superviseur des effets visuels et l’une des rares productions locales tournées à deux équipes spécialisées.

Pour la petite histoire des gros chiffres, le coût total du film est de 13 millions de dollars. Le réalisateur et les producteurs se sont quand même lancés dans le tournage sans être certains de trouver des investisseurs. Au tiers du tournage, ils ont monté une bande-annonce de 25 minutes destinée à être présentée à Cannes. L’accueil positif balaya instantanément les doutes quant au financement du film.

Kang Je-gyu a fait appel à des historiens et des spécialistes pour vérifier ligne à ligne la vraisemblance du scénario. La trame narrative est construite sur le point de vue individuel des deux frères sudistes qui symbolise la dualité et le partage de la Corée. L’histoire personnelle est le moyen pour le réalisateur de questionner la folie meurtrière et les choix de chacun dans une guerre qui fit cinq millions de morts. Notons quand même le parti pris inévitable de ce film sud-coréen : la guerre de Corée est racontée par l’angle principal de la Corée du Sud. De plus, le titre original Tae guk gi désigne le drapeau national de la Corée du sud.

Le premier niveau de l’histoire évoque l’histoire vraie d’une femme racontée dans un documentaire sur les combattants de la guerre de Corée. Celle-ci pleurait devant les « restes » de son mari qu’elle avait attendu pendant un demi-siècle. Dans Frères de sang, Jin-suk le cadet à présent grand-père, reçoit, un demi-siècle après la fin de la guerre, un appel de l’armée au sujet de son frère disparu. La narration seconde, enchâssée dans la première, rappelle en flash-back l’histoire de ces deux frères, enrôlés de force dans ce combat qui mettra un terme à leur bonheur familial en les divisant. Notons que le physique aux traits fins et purs des trois acteurs principaux (ils ont été modèles avant d’être acteurs) soutient la tragédie de la guerre : tous les civils, à partir de 18 ans, doivent participer au combat, qu’ils soient cireur de chaussure comme l’est Jin-tae le frère aîné, ou étudiant comme son puîné, Jin-suk.

Le drame épique Shiri de Kang Je-gyu en 1999 doublant sans conteste le succès du Titanic à la même date avait déjà prouvé les capacités du cinéma coréen. Avec Frères de sang, le cinéma coréen s’installe inévitablement dans le commerce international du cinéma.

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