Accueil > Actualité ciné > Critique > Fronteras mardi 30 août 2016

Critique Fronteras

© Outplay

Éclosion du désir, par Clément Graminiès

Fronteras

A Escondidas

réalisé par Mikel Rueda

Modeste production espagnole, Fronteras croise avec une belle simplicité deux problématiques sociétales qui n’ont a priori pas grand-chose à voir ensemble : l’immigration clandestine et l’amour homosexuel. Sauf que le réalisateur Mikel Rueda a choisi pour aborder cette question de la double acceptation de circonscrire ces enjeux protéiformes à la sphère intime, celle de deux adolescents que rien ne prédestinait à se rencontrer et à vivre une passion amoureuse. Rafa, quatorze ans, est un garçon plutôt populaire qui ne cherche en aucun cas à se distinguer de la masse : il va au lycée, sort avec ses copains, fricote avec les plus jolies filles de son école. Sauf que toute cette vie bien réglée ne semble pas lui correspondre : fuyant lorsqu’une prétendante se fait un peu trop pressante, secret lorsque son meilleur ami le questionne, Rafa attend manifestement que quelque chose le révèle à lui-même. C’est ce rôle de déclencheur qu’endosse Ibrahim, un autre adolescent qui ne connaît pas le bonheur de la parfaite assimilation : Marocain fraîchement immigré, cherchant par tous les moyens à s’intégrer, le jeune homme apprend qu’il est sous le coup d’une expulsion qui le renvoie à la case départ. Rafa, se découvrant pour Ibrahim des sentiments d’une force insoupçonnée, va devenir son principal allié pour tenter de l’aider à se soustraire à cette obligation.

Du politique et des sentiments

Si l’argument de Fronteras tient de la précarité à laquelle est condamné cet amour entre les deux adolescents, ce n’est pas la question de l’immigration et l’enjeu politique qui en découle qui constituent la force principale du film. Enfonçant quelques portes ouvertes autour du racisme supposé des Espagnols et réduisant la question de l’intégration à une succession de scènes attendues et assez linéaires dans leur appréhension des enjeux (les cours d’espagnol, l’annonce de l’expulsion, l’organisation d’une vie clandestine, etc.), le film de Mikel Rueda donne parfois l’impression d’avoir choisi cet arrière-plan comme prétexte à conter une histoire d’amour contrariée. Pourtant, il est difficile de taxer la démarche d’opportuniste tant le réalisateur s’échine à dépeindre avec une belle palette de couleurs cette prise de conscience amoureuse. Certes l’empathie que Rafa se découvre pour les problèmes d’Ibrahim découle directement des sentiments qu’il éprouve pour lui, néanmoins c’est par l’entrée en jeu de cet affect inédit que l’adolescent remet en question sa place parmi les autres. Cet éveil est illustré par bon nombre de scènes nocturnes où se font et se défont les nœuds scénaristiques, comme si la valeur des liens qui unissent les personnages ne pouvait trouver un terreau fertile que dans les interstices sous-exposés du film. Alors que la menace de l’anecdotique pesait lourdement sur lui, Fronteras s’en tire à bon compte en s’attardant sur les détails et les nuances, trouvant sa modeste cohérence dans cette sentimentalité pleinement assumée.

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