• Fukushima mon amour
  • (Grüße aus Fukushima)

  • Allemagne
  • -
  • 2015
  • Réalisation : Doris Dörrie
  • Scénario : Doris Dörrie
  • Image : Hanno Lentz
  • Costumes : Katharina Ost
  • Montage : Frank J. Müller
  • Musique : Ulrike Haage
  • Producteur(s) : Harald Kügler, Molly von Fürstenberg
  • Production : Olga Films, Rolize, Constantin Film, ZDF
  • Interprétation : Rosalie Thomass (Marie), Kaori Momoi (Satomi), Nami Kamata (Nami), Moshe Cohen (Moshe), Honsho Hayasaka (Jushoku), Nanoko (Yuki)Aya Irizuki (Toshiko)
  • Distributeur : Bodega Films
  • Durée : 1h44

Fukushima mon amour

Grüße aus Fukushima

réalisé par Doris Dörrie

De la catastrophe survenue à Fukushima en 2011, on trouve encore peu de traces dans le cinéma japonais, mis à part peut-être le superbe The Land of Hope de Sion Sono sorti dans nos contrées en avril 2013. Sujet tabou par excellence, ne bénéficiant que très rarement du soutien des autorités tant il met en exergue les défaillances et les mensonges de l’état, l’accident nucléaire réel constitue l’un des angles-morts du septième art. En Europe, c’est bien plus de vingt-cinq après les faits que des cinéastes se sont mis à explorer régulièrement la ville de Pripiat en Ukraine (de La Terre outragée jusqu’au récent La Supplication), ville-fantôme depuis l’explosion du réacteur de la centrale de Tchernobyl. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Fukushima ne soit pas (encore ?) au centre des préoccupations du cinéma japonais, lui qui mit près de quarante ans à aborder la destruction atomique de Hiroshima et Nagasaki. Faute d’une représentation suffisante dans le cinéma national, ce sont les cinéastes européens qui décident alors de s’emparer du sujet : quelques années après Lunchtime du documentariste français Jean-Luc Vilmouth qui donnait la parole à quelques survivants marqués par le spectacle de la destruction de leur ville, c’est donc au tour de Doris Dörrie de faire écho à cette tragédie par le prisme de la fiction. Pour cela, elle met en scène une jeune Allemande exilée au Japon et engagée dans une action humanitaire censée soutenir psychologiquement les personnes âgées parquées dans des préfabriqués depuis que leurs maisons ont été détruites. Ne supportant plus son impuissance face à la détresse des victimes et l’absurdité des activités dont elle assure l’animation, la jeune femme s’apprête à tout plaquer lorsqu’elle croise la route de la plus ancienne geisha de la ville, bien décidée à ne pas quitter sa maison pourtant située en zone contaminée, trop attachée à ses souvenirs et aux fantômes qui la peuplent. Malgré l’écart d’âge et les différences culturelles, les deux femmes vont bien évidemment surmonter une somme d’obstacles, réussir à s’apprivoiser pour se découvrir une amitié mutuelle profonde.

Récit balisé

On se doute bien que la réalisatrice allemande est guidée dans sa démarche par une altérité qui la pousse depuis déjà de nombreuses années à explorer le territoire du Japon en long, en large et en travers. Le choix d’envisager son histoire par le prisme d’une Européenne posant un regard étranger sur le traumatisme subi par le Japon fait bien évidemment référence au premier long-métrage d’Alain Resnais qui, en 1959, projetait une jeune Française dans la stupeur post-Hiroshima. Mais de cet emprunt, le film n’en garde que les symptômes les plus visibles : un noir-et-blanc qui ne se justifie que pour donner une élégance artificielle au film, le récit d’une rencontre entre deux personnages qui ne partagent rien de leur histoire commune si ce n’est l’opportunité de pouvoir devenir les témoins à un instant donné d’un désastre humanitaire. La réalisatrice annonce dans le dossier presse avoir voulu se délester des contraintes lourdes d’un tournage classique pour aller vers quelque chose de plus expérimental : si la mise en scène, assez anodine, jouant assez peu avec la temporalité et le hors-champ, ne brille pas par son inventivité, c’est plus du côté de la structure du récit que le bât blesse totalement. Bien trop prévisible dans sa manière de poser les enjeux et leur évolution (la recette classique de réunir deux contraires sur le plan culturel qui vont peu à peu dépasser leurs barrières respectives pour finalement devenir complémentaires), le scénario prend même le risque de se fourvoyer dans une succession d’instantanés qui ne font pas vraiment dans la subtilité : une geisha identifiée comme la mémoire d’une ville, le caractère taiseux du personnage, les silences appuyés, le partage d’un thé brûlant qui signifie là l’apaisement des relations… On ne peut pas dire que le film fasse l’effort de nous proposer une lecture un peu plus ambiguë de cette rencontre : face à la Japonaise dont la caractérisation se limite un peu trop au lieu et à son activité, l’Allemande survole le film, telle une touriste exilée dans l’espoir de se donner bonne conscience. Un peu comme le film.