Accueil > Actualité ciné > Critique > G.I. Joe – Le Réveil du Cobra mardi 4 août 2009

Critique G.I. Joe – Le Réveil du Cobra

Pif paf pouf, par Emmanuel Didier

G.I. Joe – Le Réveil du Cobra

G.I. Joe : The Rise of Cobra

réalisé par Stephen Sommers

Arnold et Willy disaient, dans leur grande sagesse, qu’il faut de tout pour faire un monde. Et même s’il est important d’écouter son cœur, il est parfois nécessaire de mettre en branle le gros appendice boursouflé et rosâtre situé quelque part entre les cheveux et les sinus. Michael Bay (Transformers 1 et 2, Armageddon…) ou Stephen Sommers (La Momie 1 et 2), de tout ça, s’en moquent comme d’une guigne. À l’axiome d’Arnold et Willy, on aimerait donc ajouter quelques dérogations.

Après les gros robots extraterrestres qui se transforment en voitures, Hasbro et la Paramount continuent dans leur croisade de viol des cerveaux en introduisant, cette fois, les plus grands de tous les héros (Action Man mis à part). C’est en capitalisant sur le souvenir ému de quelques millions de post-ados que la Paramount compte imposer son film puisqu’on a – paraît-il – tous joué un jour à faire grimper Storm Shadow sur le mur en crépi de la maison familiale. Ne voulant pas décevoir tous les fans transis d’impatience et d’intransigeance, la production a mis les petits plats dans les grands : record mondial des voitures écrabouillées pour les besoins d’un tournage et reconstitution minutieuse d’une Tour Eiffel s’écrasant de tout son long dans la Seine… Un pool de scénaristes a planché des heures durant sur le scénario et la psychologie des personnages et ça se ressent : chaque héros a son petit trauma d’enfance venant expliquer son comportement. S’il a viré méchant, le pas beau a été turbulent dans sa jeunesse. S’il a été sage et attentif en cours, il sauvera le monde. La palme revient quand même au grand vilain Destro dont l’ancêtre du 18e siècle est au centre de la bouffonnerie faisant office de séquence d’introduction… Tout s’explique, tout s’emboîte : l’univers fait sens !

Il y a donc les gentils et les méchants. Du côté de ces derniers, le marchand d’armes McCullen a une bonne place. Suçant malhonnêtement les crédits que lui accorde benoîtement l’OTAN, il conçoit une nouvelle arme surpuissante, des bazookas à nanorobots dévoreurs d’acier, de béton et de carton. Avec lui, il a tout plein d’amis, comme Storm Shadow ou la Baronnesse. En face, les gentils essaient de récupérer l’arme en usant de tout leur attirail technologique qui ferait baver d’envie n’importe quel amateur de tuning picard. Pour varier les plaisirs, les deux bandes ennemies s’affrontent sur tout terrain : de l’Égypte au Groenland et de la salle de sport du QG aux montagnes mongoles. A contrario, pas de variété du côté de l’interprétation des personnages, tous rivalisant de médiocrité, à commencer par Channing Tatum (Duke) dont le froncement de sourcil fait office de jeu d’acteur. Que sauver de ce naufrage ? Peut-être la course-poursuite effrénée dans Paris (Prague-sur-Seine) dont la bande-annonce a déjà défloré les meilleurs passages.

La question qui se pose, après le visionnage d’une telle horreur syncopée, ne concerne pas la pertinence de la formule blockbuster en tant que telle. Pop-corn movie ou pas, le droit à la qualité et au respect est le même. Un film grand-spectacle ne peut être le prétexte à un constant nivellement vers le bas : l’excuse est trop simple, trop méprisante. Les exemples récents de films hollywoodiens à gros budgets réalisés au pire consciencieusement, au mieux brillamment, sont pourtant légion (on pense spontanément à The Dark Knight ou à Watchmen). Avec G.I. Joe, le recul est violent, comme si on ne s’attendait plus à un tel déluge de n’importe quoi au premier degré.

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