Accueil > Actualité ciné > Critique > Green Lantern mardi 9 août 2011

Critique Green Lantern

Ne pas confondre force verte et frousse jaune, par Arnaud Hée

Green Lantern

réalisé par Martin Campbell

On aurait tendance à croire qu’il n’y a que Marvel dans la vie des adaptations cinématographiques de super-héros. N’oublions pas que l’on doit aussi compter avec le catalogue DC Comics (Batman et Superman tout de même), qui tente le pari Green Lantern.

Puisque c’est le cas de celui qui écrit ces lignes, il faut d’abord rendre grâce à l’ouverture du film, très « Green Lantern pour les nuls ». Donc : s’il y a bien un héros Green Lantern (Hal Jordan [1]), il faut en fait compter avec une pléthore puisque l’univers est divisé en 3600 secteurs, chacun se voyant affecter une de ces vigies. Quand on pense par exemple que le nombre de secteurs ne représente que 10% du total des communes françaises, ce maillage peut sembler un peu lâche, mais ça fonctionne très bien et la paix universelle règne. Il faut dire que l’anneau magique donne le pouvoir de matérialiser ce qui vous passe par la tête, chose plutôt pratique pendant une baston. Ajoutons que des gardiens règnent sur cette vaste organisation, ils vivent juchés sur un piton rocheux et, entre maître Yoda et Dalaï-lama, s’avèrent des puits de sagesse.

Bref, tout va pour le mieux... Sauf que Parallax se libère (on ne comprend pas franchement pourquoi précisément à ce moment) et il est complètement furax, son pouvoir jaune se déchaîne – la chose se présente sous la forme d’une nébuleuse qu’alimente la peur, et elle est bien nourrie. Il colle une fichue pâtée à Abin Sur, un valeureux représentant du bien, qui en réchappe de peu et s’éjecte : direction la Terre. Avant de passer l’arme à gauche, il respecte le protocole : quand un Green Lantern s’éteint, un autre s’éveille. Et ça tombe sur Hal Jordan (Ryan Reynolds), pilote fougueux et légèrement écervelé qui se trouve donc doté du pouvoir vert. Il s’agit du premier Terrien à être honoré de ce statut, on apprendra d’ailleurs que les humains n’ont pas bonne presse parmi les différentes espèces extraterrestres. On se demande bien pourquoi, mais laissons la surprise de la morale de l’histoire.

DC Comics et Warner Bros entendent lancer une saga ; avant même que ce soit clairement formulé, ce premier volet s’en ressent. Il s’agit d’installer en 1h53 les problématiques des « Green Lantern », de quelques personnages, et particulièrement celles de Hal Jordan : son initiation aux pouvoirs, ses amours avec Carol Ferris (Blake Lively) dont le père est le Marcel Dassault local, ses traumas (la perte du père dans un accident de pilotage), ses dilemmes (le job de super-héros n’est pas si facile). Le tout en essayant de mener une aventure : car après avoir détruit quelques planètes et civilisations, Parallax, totalement hors de lui, menace la Terre. Il bénéficie pour cela d’un appui sur place en la personne du Dr Hammond (Peter Sarsgaard), xénobiologiste over geek et fils raté d’un sénateur (Tim Robbins) – pour Hammond comme pour Hal, un gros nœud psychologique : papa. Pas veinard, gentil de nature, son sang est malheureusement gagné par le vil pouvoir jaune de Parallax ; le pauvre se transforme en une sorte de John Merrick doté de pouvoirs mnémoniques et travaillé par le mal... Constat : scénaristes et collaborateurs à l’écriture ne parviennent pas à lier le tout, de même que Thor, autre tentative de début de saga super-héroïque – du concurrent Marvel –, partageant aussi avec Green Lantern cette intense navigation entre planète bleue et espace intergalactique. Bref, rien de très nouveau sous le ciel des super-héros ; loin du renouvellement, le genre semble reproduire paresseusement les clichés scénaristiques de films en films.

Green Lantern fait dans le vert, pétant et luminescent, avec déferlements visuels 100% synthétiques. Le rendu se situe loin du cool et classe Star Trek de J.J. Abrams ou de la bonne tenue du récent X-Men : le commencement. Avec ce matériau, Martin Campbell avait indéniablement les moyens de jouer à autre chose qu’au pompier artificier [2]. Par contre, il faut reconnaître que la 3D n’est pas que gadgétisée mais réellement convoquée – jeux sur la suspension des corps, les textures et les transparences –, d’autant plus que si la réalisation joue évidemment sur la cinétique lors des scènes d’action, le temps d’installation nécessaire pour profiter du bloc tridimensionnel est régulièrement accordé. Au moment où il conviendrait de trancher, Green Lantern procure un sentiment assez bizarre ; franchement vain, pas réussi, le film occasionne quelques ricanements goguenards mais aussi la forme de sympathie que l’on peut accorder à un divertissement bêta mais décomplexé. Reste à savoir si l’on peut vraiment considérer cela comme une qualité.

Notes

[1Fin limier, votre serviteur sait maintenant que ce dernier correspond à « l’Âge d’argent » de la série, après celle, en or, axée sur Alan Scott, et, fort logiquement, avant le bronze.

[2Chose anecdotique mais assez troublante : l’amorce du film et le générique final renvoient aux fameuses séquences « fond d’écran » malickiennes de The Tree of Life.

Annonces