Accueil > Actualité ciné > Critique > Gunman mardi 23 juin 2015

Critique Gunman

Penn à jouir, par Ursula Michel

Gunman

The Gunman

réalisé par Pierre Morel

Pour son troisième film au casting américain (après Taken et From Paris with Love), Pierre Morel internationalise et politise son propos en adaptant La Position du tireur couché, un polar de Jean-Patrick Manchette. Retitré Gunman, le film suit l’impossible réinsertion d’un ancien tueur à gage, victime d’une chasse à l’homme impitoyable de Kinshasa à Barcelone.
Jim Terrier (Sean Penn), tueur à gages freelance, cache sa véritable activité derrière un pseudo-engagement humanitaire. En République Démocratique du Congo, tandis qu’une guérilla fait rage, il est engagé pour éliminer un homme politique gênant le business minier d’une grande entreprise. Son crime perpétré, il disparaît, abandonnant Annie (Jasmine Trinca), sa petite amie qui trouve refuge dans les bras de Felix (Javier Bardem). Quelques années plus tard, rangé des bagnoles, Jim creuse des puits dans un village congolais lorsqu’il échappe in extremis à une tentative de meurtre. Décidé à comprendre pourquoi sa vie est menacée, Jim rentre en Europe où il reprend contact avec ses anciens amis, tous mêlés à l’affaire de Kinshasa.

Le charme du martyr

L’étrange syndrome qui secoue les quinquagénaires hollywoodiens (voire les sexagénaires) à se frotter aux films d’action après une carrière auteuriste semble avoir définitivement fait une nouvelle victime en la personne de Sean Penn. Acteur chez Gus Van Sant, Woody Allen ou Clint Eastwood et réalisateur de films introspectifs (Crossing Guard ou Into the Wild), Sean Penn, comme Liam Neeson avant lui, s’essaie aujourd’hui à manier les armes et les coups de poing. Dans Gunman, il affiche un physique bodybuildé, en inadéquation avec son visage expressif de chien battu. Morel a sans doute vu dans cet acteur la possibilité d’allier une puissance musculeuse à une interprétation plus subtile que celle des sempiternels colosses insipides, mais l’hybridation corps/esprit n’est guère chose aisée. S’interdisant tout humour (à la différence des prestations de Bruce Willis par exemple), le cinéaste tombe à la fois dans l’écueil du trop-plein d’action et dans celui d’une pauvreté psychologique crasse. Alors même que Jim cherche une rédemption après le crime commis, rien n’évoque les tourments qu’il traverse, ni les raisons de cet atermoiement tardif (on imagine aisément que le personnage n’en est pas à son premier contrat). Sur ces lacunes scénaristiques initiales, qui discrédite la quête de vérité du héros, se greffent une histoire d’amour peu crédible (le vieux briscard récupère la jeune femme en un clin d’œil alors même qu’elle est mariée et sur le point d’adopter un enfant) et une grave maladie invalidante. Autant dire que Jim est lourdement lesté sur le papier, et à l’écran rien ne s’arrange.

Toy Girl

Sans être un ratage complet, Gunman s’enlise dans une mise en scène lisse, sans aucune prise de risque ni originalité. Les champs/contrechamps rythment les joutes verbales tandis qu’un montage approximatif, souligné par des ralentis injustifiés, plombent les moments d’affrontements physiques. Sans véritable choix de réalisation fort, bien que le sujet aurait pu le permettre, le film parvient même à dérouler des scènes ridicules (le parallèle entre l’homme blessé et le taureau dans l’arène), des rebondissements incompréhensibles (la présence d’Idris Elba) et un finale à la limite de l’immoralité. Seule demeure la musculature impressionnante de Sean Penn, unique bonus de ce long métrage oubliable. À l’image de ces films inintéressants où l’on se plaît à souligner que telle actrice est tout de même très jolie, Gunman a finalement plus à offrir aux midinettes en manque de biceps qu’aux spectateurs férus d’un cinéma politico-viril.

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