Accueil > Actualité ciné > Critique > Homefront mardi 7 janvier 2014

Critique Homefront

Beaucoup de bruit pour rien, par Ariane Beauvillard

Homefront

réalisé par Gary Fleder

Homefront fait partie de ces films obsédés par leur rythme et leur capacité à multiplier les grandes scènes, les points d’ancrage et de gonflement d’une action qui reste simple et sans grand intérêt. Sans respiration, le film de Gary Fleder, scénarisé par Sylvester Stallone, enchaîne les fracas sonores et visuels à grand renfort d’attaques musclées et de défense poilue du code de l’honneur.

Bouche-toi les oreilles

Car Homefront est avant tout un film bruyant : dès la scène d’ouverture, Gary Fleder veut frapper fort et assène une succession de gros plans montés à la vitesse de la lumière, de sirènes de police tonitruantes et de mouvements tant soulignés qu’ils semblent bien vains. Phil Broker, agent de la DEA (les Stups américains), participe à l’arrestation musclée d’un réseau de trafiquants après l’avoir infiltré : on perçoit dès cette introduction qui extirperait un sourd de son sommeil la finalité unique d’un décor matériel et humain qui ne paraît servir qu’une seule cause, la sacro-sainte efficacité d’un cinéma dont la première volonté est de retenir l’attention en permanence, quitte à la maintenir artificiellement. Après cette entrée en matière à la logique martelée (l’arrestation mène au meurtre du fils d’un des trafiquants, qui va donc se venger), Broker s’est installé dans une petite ville de Louisiane avec sa jeune fille. Très rapidement, le blouson noir du coin, Bodine, (James Franco, que l’on aura rarement vu aussi bovin) reconnaît Broker et perçoit en lui une mine d’or : avec l’aide de sa droguée de compagne (interprétée par une Winona Ryder assez fantomatique), il décide de livrer Broker au parrain local qui lui permettrait, en échange, de faire fructifier sa petite entreprise de méthamphétamines. Et tout cela continue, jusqu’à l’explosion finale, la grosse baston couillue que tout le monde attend, et au terme de laquelle le bien triomphe et la jeune fille, brebis martyrisée, est sauvée des griffes du sanguinaire.

Ferme les yeux

L’identité visuelle de Homefront est assez foutraque : réalisateur de quelques épisodes de The Shield, Gary Felder en a gardé l’urgence, la tension permanente. Mais elles semblent ici vidées de leurs enjeux dramatiques, et finissent par tourner à la parodie ou la répétition d’un rythme, d’une musique et d’un montage de générique. Les contrastes sont trop saisissants pour ne pas tomber dans la catégorisation et la création d’une grille de compréhension simpliste : le décor de bayou et de marécages, envoûtant le jour et terrifiant la nuit, est seulement survolé, revient comme un motif, une clé de lecture, mais ne devient jamais espace de cinéma, de mise en scène stricto sensu de la violence. Et n’ayant pas grand-chose à regarder, l’on finit par se pencher sur ce que disent les vignettes successives : un homme blessé par la mort de sa femme et le danger qui entoure sa fille innocente va finalement utiliser à bon escient le deuxième amendement de la constitution américaine (celui qui lui permet de porter une arme défensive) et retrouver la sérénité dans l’explosion d’une violence légitime. Sans faire de Homefront un spot de publicité pour la NRA, il est tout de même énervant d’assister à une énième conception de la vengeance comme une lutte entre des victimes sacrifiées (qui savent cependant manier un fusil) et des bourreaux qui synthétisent tout ce que le monde contemporain contient de plus bas et mauvais (la drogue, la bêtise, la prostitution et même le reniement du noyau familial). Tout cela tourne en rond, épuise globes oculaires et oreilles aux tympans fragiles, et ne fait rien d’autre que flatter une puissance masculine sous couvert de défense d’un monde plus juste que l’autre.

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