I Am Not Madame Bovary
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I Am Not Madame Bovary
    • I Am Not Madame Bovary
    • (Wo Bushi Pan Jinlian)
    • Chine
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Feng Xiaogang
  • Scénario : Liu Zhenyun
  • d'après : le roman Je ne suis pas une garce
  • de : Liu Zhenyun
  • Image : Luo Pan
  • Décors : Han Zhong
  • Costumes : Han Zhong
  • Son : Wu Liang
  • Montage : William Chang Suk-Ping
  • Musique : Du Wei
  • Producteur(s) : Zhang Dajun
  • Production : Sparkle Roll Culture Media, Huayi Brothers, Beijing Skywheel Entertainment, Zhejiang Dongyang Mayla Media
  • Interprétation : Fan Bingbing (Li Xuelian), Guo Tao (Zhao Datou), Da Peng (Wang Gongdao), Zhang Jiayi (le maire Ma), Yu Hewei (Zheng Zhong)...
  • Distributeur : Happiness Distribution
  • Date de sortie : 5 juillet 2017
  • Durée : 2h18

I Am Not Madame Bovary

Wo Bushi Pan Jinlian

réalisé par Feng Xiaogang

Traduction adaptée du titre chinois Wǒ Búshì Pān Jīnlián (littéralement « Je ne suis pas Pan Jinlian », personnage de la littérature classique chinoise connu pour être le stéréotype de la femme de petite vertu), I Am Not Madame Bovary annonce le portrait d’une provinciale (Fan Bingbing) en lutte contre le système pour faire reconnaître un faux divorce et retrouver sa réputation. Feng Xiaogang, connu en Chine pour ses comédies romantiques et récits historiques populaires (comme Aftershock, sur le séisme de Tangshan de 1976) s’essaye désormais ici au drame familial teinté de satire sociale. Pendant 2h18, le cinéaste étire un dispositif original caractérisé par le format rond de son image, qui invite à repenser l’organisation du plan et les techniques de montage. Récompensé à San Sebastián et au festival Golden Horse à Taïwan, le film, qui parvient à séduire par la belle composition de ses vignettes, pâtit cependant de la longueur et l’échelle temporelle et spatiale de son récit, qui transforme la fraîcheur de la proposition en exercice de style parfois laborieux.

Conter la Chine

I Am Not Madame Bovary, adapté du roman Je ne suis pas une garce de Liu Zhenyun, a quelque chose à voir avec le conte dans la manière très littéraire qu’il a de mener son récit. Un narrateur prend régulièrement la parole d’une voix profonde pour relancer l’intrigue en dévoilant une partie des sentiments de l’héroïne, formalisant les enjeux et dévoilant les défis à venir. Le film souligne méthodiquement la progression de l’histoire en affichant par une calligraphie les noms et rôles des personnages (« le préfet »), les lieux et les dates. Feng Xiaogang déploie surtout sa mise en scène par un style très formel qui présente chaque plan comme une vignette composée avec attention, selon une géométrie adaptée au format rond très utilisé dans les arts décoratifs traditionnels chinois (mobilier, objets, estampes). Ce choix a pour effet de mettre à distance les personnages, que l’on considère rapidement comme de petites poupées ballottées de lieu en lieu et sans grand pouvoir sur leur destin, comme dans un théâtre de marionnettes. C’est d’ailleurs cette artificialité et ce sentiment de décalage qui créent l’effet comique de plusieurs scènes et constituent la base de la satire.

Nickelodeon critique

Le combat de Li Xuelian auprès des autorités locales, régionales puis nationales pour faire reconnaître l’escroquerie de son divorce est un moyen pour Feng Xiaogang de porter un regard critique sur la société chinoise, ses mœurs et la complexité de son système politique. Lorsque l’histoire prend place à Pékin, le format change pour un carré qui renvoie à la fois à la modernité de la société urbaine et à l’ordre imposé par le pouvoir central. Ce travail de  différenciation par l’image entre Chine périphérique et Chine centrale permet aussi de renouveler les codes humoristiques du film (un comique moins cabotin, plus situationniste) et d’insister sur une critique du pouvoir. Le décalage entre l’héroïne et la capitale se lit à l’image : la ville démesurée n’entre dans le cadre qu’à l’occasion d’un reflet dans un miroir, ou, plus tard, lorsque Li visite le parc à thème « The World » (qui avait également inspiré Jia Zhang-ke en 2004) connu pour ses reproductions miniatures des bâtiments du monde. Ce jeu sur le provincialisme du personnage n’est d’ailleurs pas sans évoquer une lointaine (et involontaire) réminiscence du roman de Flaubert cité dans le titre international. La seconde partie du film s’éloigne de Li Xuelian et décrit les contorsions de l’administration pour éviter que l’affaire ne prenne une ampleur nationale. La scène du grand rassemblement politique montre la rigidité de l’organisation du pouvoir et le système courtisan et clientéliste qu’il développe. Pour autant, au-delà de ce premier niveau de lecture critique, le film dégage un certain conformisme politique, présentant, en conclusion consensuelle, la clairvoyance des hauts dirigeants et la capacité de l’État chinois à se réformer : l’affaire provoque une réorganisation administrative afin de responsabiliser les pouvoirs régionaux, protéger le pouvoir central et mieux répondre aux besoins du peuple.