Accueil > Actualité ciné > Critique > Infiltrator mardi 6 septembre 2016

Critique Infiltrator

© ARP Sélection

Narcos, par Nicolas Journet

Infiltrator

The Infiltrator

réalisé par Brad Furman

La période Pablo Escobar est à l’honneur des fictions récentes. Une série Netflix qui en est à sa deuxième saison, un long-métrage, Paradise Lost, avec Benicio Del Toro dans le rôle du narcotrafiquant… La distance relative par rapport à l’époque évoquée y est pour beaucoup. Les principaux acteurs sont pour la plupart décédés, en prison, ou à la retraite, bref suffisamment hors-jeu pour ne pas protester sur le plan judiciaire si leur représentation à l’écran ne leur convient pas. Le temps a aussi permis à certains d’entre eux de rédiger leurs mémoires, et c’est d’ailleurs l’une de ces biographies qui est à l’origine d’Infiltrator.

Le film de Brad Furman raconte l’histoire vraie d’un flic américain – Robert Mazur – qui a conduit dans les années 80 à l’arrestation de plusieurs des lieutenants du parrain de la drogue colombien. Infiltrator condense en deux heures trois ans d’enquête au cœur de la mafia d’Escobar. S’appuyant intelligemment sur le récit de Robert Mazur, le long-métrage fait à l’arrivée très véridique, avec une modestie de bon aloi. Le deal est décrit comme un métier comme un autre. La mafia est une grande entreprise, clandestine certes, mais avec une hiérarchie – du chef de secteur au DRH – proche de celles qui se conforment à la loi. La flambe typique du film de mafia est présente bien sûr, mais plutôt à la marge d’un business obéissant aux mêmes règles capitalistes que n’importe quel autre. Le décalage dans le passé sied à cette vision modeste de l’infiltration en limitant la surenchère de gadgets électroniques. Un simple enregistreur à bandes magnétiques dissimulé dans une mallette fait ainsi office de moyen d’écoute.

Clichés / Codes

Le problème d’Infiltrator est que les enjeux de ce type de films sont plus que connus. Le héros va-t-il se perdre dans le milieu qu’il fréquente ? Va-t-il réussir à ménager une vie de famille normale ? Va-t-il ou non se faire démasquer ? Brad Furman ne cherche aucunement à contrecarrer ces questionnements maintes et maintes fois traités (Les Infiltrés de Scorsese, Donnie Brasco…). Au contraire, les clichés du genre semblent être pour lui des codes à respecter, pour maintenir la cohérence thématique de son projet ou pour assurer ce qu’il croit être le confort du spectateur. Du coup, le film tend vers la série B sans aspérités, où les hommes de terrain sont forcément plus valeureux que les responsables de la police et les femmes des petites choses fragiles – car trop sentimentales – qu’il faut souvent prendre dans ses bras. Peu à peu, un air de déjà-vu sape donc l’intérêt du film. Il se suit sans déplaisir mais sans plaisir non plus.

Et puis le film souffre de ne suivre aucune véritable ligne de force. Le personnage principal – peu à l’aise Bryan Cranston – est entouré d’une série d’humains porteurs de conflits, mais que ce soit sa femme délaissée, son collègue borderline, sa nouvelle partenaire sexy, le mafieux qui devient un ami, chaque interaction se dégonfle vite de toute potentialité dramatique. Aucune n’influe sur la trajectoire du héros. Hermétique à toute tentation, uniquement dévoué à sa mission, celui-ci fonce tête baissée à la proue d’un film qui n’a à l’évidence d’autre prétention que de divertir en retranscrivant une série de faits certes fascinants (la résolution de l’enquête autour d’un faux grand mariage est en soi un petit chef d’œuvre absurde). Dommage que le scénario renonce à leur trouver un sens et que jamais la mise en scène ne cherche à faire plus que platement les illustrer.

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