Accueil > Actualité ciné > Critique > Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante mardi 4 octobre 2016

Critique Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante

Fééries de papier, par Raphaëlle Pireyre

Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante

réalisé par Michel Ocelot

On ne présente plus Michel Ocelot, père de Kirikou dont l’apparition sur les écrans français à la fin des années 1990 a durablement modifié le paysage du film jeune public. À l’image de son héros, petit mais vaillant, le film a réussi l’exploit de combiner la simplicité artisanale de la technique d’animation avec un vrai grand succès public et critique. Les vocations dans la production et la distribution de films destinés aux tout petits n’a cessé de croître depuis. Avec Ivan Tsarévitch et la princesse changeante, Ocelot revient à ses anciennes amours de la technique du papier découpé. Si l’on y reconnaît le procédé utilisé dans Les Contes de la nuit, c’est que ces deux recueils d’histoires populaires ont été imaginés en même temps, comme une série de dix récits. Après la production et la distribution discrète en 2011 des cinq premiers récits, en voici venir quatre supplémentaires. On retrouve, donc, le principe d’encadrement du récit qui présidait déjà aux précédents épisodes : dans une salle de cinéma désaffecté, un homme posté devant un mystérieux ordinateur, propose d’une voix tonitruante à deux enfants de le suivre dans de féériques aventures. On ne peut que regretter ces parties du récit, qui baignent dans une obscurité mortifère et une musique discordante. Plombés par un futurisme vieillot et des dialogues trop appuyés, ces intermèdes soulignent souvent les intentions plus qu’ils n’aèrent le passage d’un décor à un autre.

Voyages hors du temps

Pourtant, ce sentiment de maladresse un peu passéiste ne doit pas faire oublier l’éblouissement que procure chaque récit et le talent de conteur de leur auteur. Dans un grand maelstrom fait de souvenirs et impressions personnels, Ocelot offre de ces contes du monde entier des versions revues et corrigées par ses soins. Ainsi, le conte russe de L’Oiseau de feu, jugé pas assez féministe, se voit modifié par les deux enfants pour donner davantage d’importance à la princesse changeante. Ce griot des temps modernes et ses apprentis scénaristes, émissaires du spectateur à l’écran, annoncent et présentent chacun des voyages dans le temps et dans l’espace, conçus comme autant de plongées dans leur imaginaire. Michel Ocelot a délaissé pour le numérique l’animation traditionnelle du théâtre d’ombres qui donne vie à des figurines de papier. S’il reste scrupuleusement fidèle à l’esthétique de ses figures, ce changement de technique lui permet de démultiplier l’attention portée aux décors. Un décor imaginé à partir de l’observation des motifs de la tapisserie personne, un autre qui évoque un palais indien fait de dentelle de pierre, contrastent fortement avec la simplicité des figures humaines et l’économie de leurs mouvements. La caméra d’Ocelot recule même de son poste d’observation habituel en plan d’ensemble pour embrasser la grotte du sorcier de plus loin encore lorsqu’un dragon géant y fait son apparition. Ce travail sur les détails d’une grande beauté force souvent l’admiration. Ces quatre récits qui explorent des tonalités différentes, de la drôlerie à la peur en passant par le romantisme comme ils sautent à grandes enjambées d’un coin à un autre du continent asiatique.

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