Accueil > Actualité ciné > Critique > J’aime regarder les filles mardi 19 juillet 2011

Critique J'aime regarder les filles

Bah ! Moi aussi, par Arnaud Hée

J’aime regarder les filles

réalisé par Frédéric Louf

Tâche parfois difficile que celle du critique : ne pas soupirer d’avance en découvrant un titre, ne pas décréter qu’il s’agit d’une énième comédie sentimentale française sans intérêt... Et bien d’autres facilités auxquelles J’aime regarder les filles prête généreusement le flanc. Allez, essayons !

Arrière-plan historique : printemps 1981. La bobine de Mitterrand s’apprête à surgir sur les écrans des ménages français ; le peuple de droite terrifié fait ses emplettes et creuse des abris nucléaires en attendant l’arrivée des troupes du Pacte de Varsovie ; celui de gauche exulte, les socialo-communistes vont « changer la vie ». Flottant dans ce contexte, Primo (Pierre Niney) – personnifiant une sorte de ventre mou politique, chose qui lui est étrangère (parions qu’il n’a pas lu le programme commun) – occupe une chambre miteuse sous les toits et repasse son bachot. D’extraction modeste et provinciale, il s’agit d’un Rastignac à qui il manquerait le sens du calcul cynique, un Bel-Ami dépourvu d’opportunisme.

Le nigaud lunaire s’entiche de Gabrielle (Lou de Laâge), ressortissante de beaux quartiers au joli minois, dont les amis roulent en golf GTI, jettent négligemment des pulls sur leurs épaules sans que la mèche ne souffre de l’appel d’air ainsi occasionné. Ajoutons à cela la poésie du mocassin, de la chaussure « bateau » et des vacances à Ramatuelle. Quant à Delphine (Audrey Bastien) – qui porte des salopettes –, il s’agit comme on dit d’une belle personne, ça crève les yeux, mais ce couillon de Primo n’en a que pour les beaux yeux de Gabrielle, parangon de la chieuse bourgeoise égotiste.

Notre ingénu s’invente riche et tente de faire bonne figure, il ne lésine pas sur les coups d’éclat bravaches, alors que son copain et voisin de galère – Malick (Ali Marhyar), arabe et mitterrandien convaincu – ne goûte pas ce petit jeu qui ne peut que retomber sur le coin du nez du héros. Comme sur une page blanche, Primo tente d’écrire son histoire, de l’inventer avec une verve romanesque qui lui rend la vie à la fois plus belle et douloureuse. On sera tenté de revoir Pierre Niney, visage et corporalité intéressantes, dans un contexte cinématographique plus porteur. Car s’il n’y a pas de quoi crier au loup, le tout ronronne comme l’infatigable moteur des bonnes vieilles Renault 5, dont on suit d’ailleurs quelques très étranges ballets nocturnes. Rien de vraiment raté, rien de réussi : du cinéma sans qualité avec léger coup de patine à l’image pour faire rétro et petit emballement final pour une variation eighties de Roméo et Juliette.

Alors ? Alors c’est à peu près tout, Primo évolue dans ce scénario comme une boule de flipper qui roule, qui roule, les autres personnages sont des sortes de bumpers entre lesquels il est ballotté – ajoutons aussi sa famille : papa atrabilaire, maman compréhensive, frère bas du front. Mais tant que la boule roule, il poursuit la partie, quoi de plus normal pour celui qui n’a pas un sou en poche. Les parties de flipper, c’est plutôt marrant pour celui qui joue, mais pas très drôle à regarder, et, le plus souvent, on passe un temps fou à attendre son tour. En l’occurrence, une idée se précise toujours plus : patienter sagement – professionnalisme oblige ! – jusqu’à la fin de la projection et profiter du beau temps pour aller regarder les filles.

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