Accueil > Actualité ciné > Critique > Jack Reacher : Never Go Back mardi 18 octobre 2016

Critique Jack Reacher : Never Go Back

© 2016 James Chiabella / Paramount Pictures. All Rights Reserved

La routine, par Josué Morel

Jack Reacher : Never Go Back

réalisé par Edward Zwick

Jack Reacher : Never Go Back est un film paradoxal, jusque dans son titre qui semble autant désigner la condition de Reacher (celle du soldat qui « ne revient jamais » vraiment de la guerre – dixit son nouveau rival et alter ego) que formuler une promesse de fuite en avant de l’action et du récit. Or dans ce deuxième volet, Jack Reacher fait au contraire marche arrière : il revient à Washington, là où il a officié jadis comme soldat avant de devenir un vigilante bourlinguant aux quatre coins de l’Amérique, et se retrouve par ailleurs rattrapé par son passé avec l’apparition d’une jeune fille qui pourrait bien être la sienne. Ces deux éléments qui font office de fondations narratives pour ce thriller bien peu inspiré sont aussi l’occasion de pourvoir deux partenaires de jeu à Reacher : une gradée tombée soudainement et injustement en disgrâce et l’adolescente dont Reacher serait potentiellement le père. La formation de cette famille improvisée, qui marque un pas de côté par rapport au précédent volet, empêche surtout Never Go Back de renouer avec la spécificité du premier Jack Reacher qui, sans être un grand film, exacerbait très bien la tendance des derniers longs-métrages avec Tom Cruise à être avant tout et presque exclusivement des films sur Tom Cruise [1]. Petit traité de fétichisme où l’acteur rayonnait de mille feux, Jack Reacher offrait à son interprète un nouveau terrain de jeu modeste mais parfaitement en adéquation avec ce que Tom Cruise fait aujourd’hui le mieux : se placer tout entier au centre de films d’actions sans grande envergure mais taillés sur mesure. L’échec de ce deuxième volet tient justement au décentrage qu’il opère vis-à-vis de la star, qui se voit accompagnée de plusieurs doubles : double amoureux (la major, qui partage avec lui la même rigidité militaire), double filial (l’adolescente, qui fait étalage de la même astuce), double maléfique (l’ex-soldat qui le pourchasse).

Intéressante stratégie d’écriture, mais là encore, stratégie paradoxale, tant elle dénoyaute le film de son plus gros potentiel. En cherchant à enrichir la partition bien rodée que joue la star depuis quelques années, Jack Reacher : Never Go Back s’éloigne de l’essentiel et se révèle de fait le plus insipide des « Tom Cruise movies » et le moins bon film de l’acteur depuis Vanilla Sky. Condamné à errer dans un thriller d’action d’un autre âge, aux enjeux aussi rachitiques que grossièrement dessinés, Cruise paraît ici incapable de transcender les molles poursuites qui défilent sous nos yeux. D’autant que le film finit par admettre lui-même l’étrangeté de son mouvement, qui va à contre-courant de l’avancée solitaire de Reacher, en soldant les éléments hétérogènes qu’il s’est évertué à mettre en avant : le devenir amoureux dessiné par le film s’estompe sans se concrétiser et la paternité du justicier se révèle finalement rabotée. Un film pour rien, donc, où Tom Cruise paraît cette fois-ci s’enfoncer un peu trop dans ce qui commence à ressembler sérieusement à une routine.

Notes

[1Sur ce point, se référer à la critique d’Edge of Tomorrow et l’essai de Louis Blanchot publié chez Capricci, Les Vies de Tom Cruise.

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