Accueil > Actualité ciné > Critique > Jacquou le Croquant samedi 20 janvier 2007

Critique Jacquou le Croquant

Je suis d’une génération désenchantée, par Clément Graminiès

Jacquou le Croquant

réalisé par Laurent Boutonnat

Après avoir supervisé de nombreux clips pour Mylène Farmer et réalisé un désastreux premier long-métrage, Giorgino, en 1994, Laurent Boutonnat tente à nouveau sa chance au cinéma avec ce Jacquou le Croquant édifiant de bout en bout. Il fallait oser autant de kitsch en 2007.

C’est l’histoire d’un chien rebelle qui court à travers champs au ralenti comme dans une pub Royal Canin. C’est l’histoire de la méchante noblesse ultra qui fait abattre ce chien trop dangereusement insoumis et qui blesse la mère de Jacquou au passage. C’est l’histoire du père de Jacquou qui s’empare d’un fusil pour défendre sa famille au risque de sa vie. C’est l’histoire d’un comte caractériel et despotique qui n’a pas d’excellents rapports avec sa jeune fille déjà fan de gothique. Mais surtout, c’est l’histoire de Jacquou le Croquant, petite gueule d’amour pouilleuse devenu un bel éphèbe inexpressif, qui incarne malgré lui une des figures emblématiques de la révolution par pure vengeance personnelle. C’est enfin le sort tragique d’un réalisateur qui n’a rien à dire, cumule les poncifs et les clichés dans l’espoir de ne pas rendre les 2h30 de projection totalement indigestes.

Difficile pour un réalisateur de vidéoclips de la trempe de Laurent Boutonnat de surmonter un tel passif et de convaincre de la crédibilité d’un projet tel que l’adaptation d’un classique de la littérature. Dans les années 1980, le Pygmalion de Mylène Farmer a révolutionné le petit écran avec de véritables courts-métrages très ambitieux qui illustraient des tubes aussi mémorables que Libertine, Sans contrefaçon ou encore Pourvu qu’elles soient douces (17 minutes, un record pour l’époque). Le problème majeur, c’est qu’entre cet ancien désir de cinéma et ce nouveau projet, rien n’a évolué. Les nombreuses figures qui peuplaient l’univers de Mylène Farmer sont exactement les mêmes aujourd’hui. Sur 2h30, Laurent Boutonnat se passe de toute épaisseur psychologique et se contente de dialogues édifiants sur l’injustice, le pardon ou encore la vengeance, le tout embourbé dans une musique absolument insupportable. Plus douteux encore, Jacquou le Croquant se complaît à représenter la crasse et la bêtise des Français du début du XIXe siècle, entrecoupées d’instants de pure violence qui, insupportablement filmés au ralenti et en gros plan, rappelle la morbidité toc d’un clip comme Beyond My Control. Entre Jacquou et Jacquouille, il n’y a qu’un pas que le réalisateur franchit allègrement.

En bon technicien (photo impeccable, montage nerveux à la limite du supportable), Laurent Boutonnat n’a jamais réussi à se départir de son travail antérieur. Çà et là, on retrouve la noblesse décadente de Libertine, les forêts enneigées peuplées de loups de Tristana (pour rappel l’action se passe quand même en Dordogne), la noyade au ralenti de Ainsi sois-je, la révolte de Désenchantée ou encore les brumes maritimes de À quoi je sers ? Le film plaira aux fans de la rousse énigmatique ; pour les autres, ils pourront compter le nombre incroyable de ralentis involontairement comiques, se désoler du naufrage généralisé d’acteurs de talents (Olivier Gourmet, Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Malik Zidi) ou examiner la fossette du beau Gaspard Ulliel qui, depuis Les Égarés et son César pour son rôle insignifiant dans Un long dimanche de fiançailles, enchaîne navets sur navets. La sortie prochaine d’Hannibal Lecter, les origines du mal ne risque pas de nous faire changer d’avis.

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