Accueil > Actualité ciné > Critique > Je me tue à le dire mardi 5 juillet 2016

Critique Je me tue à le dire

© Happiness Distribution

Blues sentimental, par Clément Graminiès

Je me tue à le dire

réalisé par Xavier Seron

Premier long-métrage de Xavier Seron, Je me tue à le dire dépeint la crise existentielle de Michel, un homme proche de la quarantaine, pris entre une petit copine inconstante et une mère étouffante condamnée à moyen terme par un cancer du sein. Traité sur le mode tragique/absurde, le film s’attache, sous ses airs décontractés et en dépit de son récit éclaté, à trouver sa cohérence et à ne pas succomber aux effets de manche, ceux qui font toujours douter de la sincérité d’une démarche. Ici, ce qui rend le personnage principal attachant, c’est la manière dont le réalisateur projette le corps lourd de son interprète dans une succession de scènes désaccordées qui, au lieu de limiter le dispositif à jouer sur des effets de décalage un peu faciles, parvient au contraire à irriguer le film d’une sentimentalité contrariée : entre la petite amie, dont l’insécurité permanente finit par régir les rapports de force au sein du couple, et la mère, monument de culpabilité, qui charrie avec elle tout ce qui a fait la force de sa relation avec son fils, Michel est de chaque instant la somme de toutes ses expériences passées. Cette gravité – au sens propre comme figuré – qui parcourt le film n’est pas pour autant signe de lourdeur : s’il est conscient de sa propre mortalité, au point de craindre d’être lui aussi atteint d’un cancer du sein, le personnage n’en garde pas moins cet étonnement décontenancé en toutes circonstances.

C’est dans l’air

Mais si la sincérité de la démarche fait peu de doutes et que le film trouve bien sa cohérence, on aurait néanmoins aimé que le réalisateur sorte un peu plus de sa zone de confort et qu’il s’affranchisse de certaines références désormais facilement identifiables (Sébastien Betbeder, Antonin Peretjatko ou encore Vincent Macaigne auquel Jean-Jacques Rausin fait inévitablement penser). Si cela n’amoindrit pas pour autant la jolie ambition du film et que le regard du réalisateur se tient toujours à juste hauteur de ses personnages (alors qu’il aurait été facile de tomber dans le mépris en se gargarisant des petites névroses de chacun), on voit néanmoins poindre quelques fioritures qui trahissent un peu l’esprit « cool » de l’ensemble : un noir et blanc dispensable qui ne semble là que pour donner au film un côté arty ou encore quelques scènes qui flirtent avec l’exotisme sociologique « affreux sales et méchants » (notamment lorsqu’un couple vient visiter la maison accompagné d’un agent immobilier). Il n’empêche qu’en dépit de ces quelques réserves, Je me tue à te le dire a du souffle. Sa capacité permanente à savoir rire des situations les plus tragiques sans nier leur potentiel dramatique confère au résultat un charme à la fois délicat et emprunt d’une énergie communicative.

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