Accueil > Actualité ciné > Critique > Jeux de pouvoir lundi 22 juin 2009

Critique Jeux de pouvoir

Ben Affleck englué dans un triste « Monicagate »..., par Carole Milleliri

Jeux de pouvoir

State of Play

réalisé par Kevin Macdonald

Après une première fiction bien documentée, mais loin d’être exempte de maladresses (Le Dernier Roi d’Écosse, 2007), Kevin Macdonald s’adonne au thriller d’investigation, en mêlant politique et journalisme dans Jeux de pouvoir. Cette adaptation molle de la série britannique State of Play (Paul Abbott, 2003, BBC), plébiscitée par le public et la critique, témoigne de la prétention hollywoodienne à formater et absorber les succès européens, qu’ils soient cinématographiques ou télévisuels, sans que ce regard d’outre-Atlantique n’apporte quoi que soit de nouveau ou d’original par rapport à sa source.

Alors que la série situait l’action à Londres, au sein du parti travailliste, l’adaptation américaine la transpose logiquement à Washington. Membre du Congrès américain, Stephen Collins (Ben Affleck) dirige une commission d’enquête sur les dépenses de la Défense. Avec sa tête de gendre idéal et son aplomb inébranlable, cet homme a tout pour devenir un grand leader politique. Mais c’est sans compter sur la mort suspecte de son assistante, Sonia Baker, dans le métro de la capitale. Quand la relation adultérine qu’il entretenait avec la jeune femme est dévoilée au public, les médias en tous genres (presse écrite, télévision, internet) se déchaînent sur Collins. Mais au Washington Globe, Cal McCaffrey (Russell Crowe), vieil ami du politicien en déroute, entend surnager au-dessus du raz-de-marée de ragots et creuser davantage cette affaire, sans se précipiter en conclusions hâtives. Le journaliste à l’instinct aiguisé va quitter la paperasse abondante de son petit bureau, pour mener l’enquête armé de son stylo et de son carnet. Dans cette entreprise où son objectivité risque d’être entravée par sa proximité avec le suspect numéro un, McCaffrey collabore avec une jeune collègue adepte d’internet, Della Frye (Rachel McAdams). Derrière le drame adultérin, ce duo transgénérationnel va découvrir un complot d’une toute autre ampleur, où la soif d’argent et de pouvoir stimulent la duplicité et la trahison à tous les échelons de la pyramide sociale.

Il peut être louable de vouloir rendre lisible une histoire de complot, où les motivations diverses et les enjeux variés pourraient s’entrecroiser et s’entrechoquer à outrance, quitte à perdre le spectateur en cours de route. Ici, la limpidité du récit empêche cette dérive. À l’inverse même, la lenteur de l’action laisse le temps d’anticiper les rebondissements d’une histoire sans grande surprise, finissant par susciter un certain ennui. En simplifiant l’intrigue dense de la série originelle (composée de six épisodes d’une heure chacun), le scénario du long-métrage perd en profondeur et se confond en banalités : un homme politique a une aventure avec sa jeune assistante, cette femme n’est pas ce qu’elle prétend être et l’amant en sait plus qu’il n’y paraît. Du jamais vu... On nous promet un feu d’artifice de conspiration, mais il s’agit plutôt d’un feu de paille. Ce thriller d’investigation est donc malheureusement loin d’être à la hauteur des grands films du genre réalisés par Alan J. Pakula, auquel Jeux de pouvoir pourrait se rattacher. Les enquêtes journalistiques sur le Watergate dans Les Hommes du président (1976) et sur l’assassinat de deux magistrats de la Cour Suprême dans L’Affaire Pélican (1994) avaient un autre souffle. La réalisation académique de Jeux de pouvoir manque d’audace et de cachet, sans être dénuée de bonnes intentions. En collaboration avec le directeur de la photographie Rodrigo Prieto, Kevin Macdonald a travaillé sur des ambiances visuelles distinctes pour représenter les deux univers confrontés dans le film : le monde simple et pragmatique du journalisme d’investigation et le monde superficiel et opaque de la politique et des affaires (que le film dévoile beaucoup moins). Dans le dossier de presse consacré au film, Rodrigo Prieto explique ainsi : « Nous avons utilisé des objectifs anamorphiques pour le monde du journaliste, et la caméra numérique pour le monde de la politique − en partie parce que nous autres, citoyens ordinaires, voyant souvent la politique à travers une caméra vidéo. » Le choix est pertinent (bien qu’un peu facile) et ne suffit pas à rendre palpable le malaise et la tension que devrait procurer l’intrigue.

Même si elle diffère du choix initial, la distribution finale des deux rôles principaux paraissait a priori judicieuse : un Russell empâté et renfrogné dans le rôle de la taupe de rédaction et un Ben au sourire éclatant et à la coiffure impeccable dans celui d’un manipulateur manipulé (ou l’inverse). Mais l’interprétation en demi-teinte offerte par Russell Crowe et Ben Affleck (décidément meilleur derrière une caméra que devant) ne permet pas d’apporter un rythme digne à cette enquête qui ne nous fait que fort peu frissonner. Les personnages restent ternes, noyés dans des décors sombres et pluvieux, en accord sage avec les critères iconographiques d’un genre dont Jeux de pouvoir restera une occurrence anecdotique.

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