Accueil > Actualité ciné > Critique > Katanga Business mardi 21 avril 2009

Critique Katanga Business

La mondialisation saute sur Kolwezi, par Benoît Smith

Katanga Business

réalisé par Thierry Michel

Attaché au destin de l’ancienne colonie du Congo devenue Zaïre puis « République Démocratique », le documentariste belge Thierry Michel poursuit avec ce nouveau film sa longue évocation de ce pays, marquée en 1999 par Mobutu, roi du Zaïre (revue du règne singulier de l’ancien libérateur devenu dictateur) et en 2006 par Congo River (parcours de l’histoire coloniale du pays au fil de son fleuve). Ici, il tâche de mettre en lumière les aléas de l’exploitation des ressources minières du pays par des entreprises étrangères. Sur un cheminement plus ou moins chronologique, le film va et vient entre les différents acteurs de l’exploitation des minerais de cuivre et de cobalt encore en abondance dans le sous-sol de la province congolaise du Katanga. On croise tour à tour : les « creuseurs », le bas de l’échelle, qui extraient la manne plus ou moins légalement pour la marchander avec les plus gros exploitants ; les groupes industriels implantés depuis l’époque coloniale ; les nouveaux investisseurs étrangers (notamment chinois, la République Populaire s’invitant de plus en plus dans les affaires africaines ces dernières années) ; enfin les politiques locaux qui tentent de jouer les arbitres économiques et sociaux, et dont on constate dans la rhétorique et les rapports avec leurs administrés le paternalisme hérité de l’ancien colon.

Le format du documentaire peut rappeler le côté appliqué et un peu sec du reportage télévisé (brièveté, illustration musicale par des thèmes « africanisants » et « orientalisants » bon marché). Cependant, la construction du récit contredit cette impression, en se reposant principalement sur son découpage pour porter un véritable discours. Le film véhicule et orchestre une prise de conscience palpable des enjeux de cette exploitation du sol katangais, offrant un regard non neutre mais dépourvu d’affect sur la situation d’un pays politiquement libéré mais victime d’une forme nouvelle de colonisation économique. Le commentaire off est minimal, seulement dévolu à introduire les séquences. C’est au pur montage et au choix des séquences d’entretiens et de captation qu’il incombe de retranscrire le passage de relais entre les vieilles entreprises nées sous la domination belge et les multinationales au diapason du nouvel ordre économique mondial, ainsi que les difficultés d’une population peu susceptible de jouir des fruits de cette activité industrielle en plein remous. Mais le plus cinématographique – et le plus intéressant – du film n’est pas ce qui y apparaît explicitement, mais ce que les images racontent implicitement.

« Vanité de la parade »

Au-delà du constat factuel, Katanga Business traduit une certaine désillusion du point de vue, la réalisation que les solutions espérées aux problèmes actuels des Katangais ne sont pas vraiment à portée de main. Ce propos désenchanté s’appuie pour le mieux sur les intermèdes mettant en scène le gouverneur de la province du Katanga, Moïse Katumbi. Personnage au verbe haut et au chapeau de cow-boy, il apparaît régulièrement tel un messie redresseur de torts, apte à canaliser et à calmer le mécontentement des foules, fustigeant la corruption, jouant les arbitres entre patrons et travailleurs quitte à rendant autoritairement et en personne la justice sociale, tout cela à coups de déplacements très publics à travers la province. Le film commence par faire mine de jouer la connivence avec la promesse qu’il porte d’un avenir plus serein pour la population katangaise. Mais la suite, avec la succession des investisseurs étrangers et la mainmise grandissante du marché international, met à jour la vanité de la parade d’un politique qui brasse beaucoup d’air et d’espoir, mais dont les méthodes se révèlent inaptes à apporter des solutions sociales concrètes aux répercussions de la nouvelle donne économique de la région. Le carton de conclusion, effet habituellement sommaire et paresseux, tombe ici véritablement comme un rideau et un couperet, mettant fin aux illusions et aux promesses, signifiant la réalisation d’une marche du monde où les pays les moins favorisés peinent à être maîtres de leur destin.

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