Accueil > Actualité ciné > Critique > L’amour dure trois ans mardi 17 janvier 2012

Critique L'amour dure trois ans

Sic, par Antoine Oury

L’amour dure trois ans

réalisé par Frédéric Beigbeder

Pour son premier essai en tant que réalisateur, l’écrivain Frédéric Beigbeder a choisi d’adapter un de ses romans, L’amour dure trois ans. Mais, préférant son texte à l’écriture exigeante de la comédie romantique, il réalise un film sans rythme traversé par des personnages superficiels.

On se souvient des flirts de Beigbeder avec le cinéma : quelques rôles, l’adaptation fatigante de son 99 francs par Jan Kounen, une émission critique hebdomadaire. Visiblement épris, l’auteur saute le pas et célèbre ses fiançailles avec le septième art, choisissant comme témoin son texte L’amour dure trois ans. Dans le plus pur style Beigbeder, le livre enchaînait des formules relevant plus du publicitaire que du marivaudage, tout en suivant les déboires de Marc Marronnier (Gaspard Proust), écrivain épris d’Alice (Louise Bourgoin), mais menacé par le succès de son dernier opus, L’amour dure trois ans.

Force est de constater que ce sont les deux principaux protagonistes qui pâtissent le plus de ce passage du roman au cinéma. En effet, c’est à eux qu’il revient de réciter à la lettre le texte original qui arrachera difficilement un éclat de rire au spectateur. Qu’ils soient insérés dans les dialogues, récités en face caméra ou écrits en surimpression sur l’image, les aphorismes manquent complètement leur effet comique. Pour les badinages des amants, Beigbeder pense à Faisons un rêve de Sacha Guitry, mais est resté écrivain lorsqu’un dialoguiste était tout indiqué pour faire des échanges entre les personnages un véritable enjeu à l’écran.

De cette équivalence obligée entre l’écriture et l’image résulte une réalisation sage et attendue : s’il est écrit « Une main molle, blanchâtre, avec la consistance d’un gant Mappa », la caméra de Beigbeder proposera un plan sur une main dans un gant de vaisselle rose, doublé de la citation en voix-off. Une telle rigidité, au-delà de toute déception du lecteur, influe sur les ressors comiques du jeune couple, duquel l’on se désintéressera très vite au profit des nombreux seconds rôles qui bénéficient d’un peu plus d’amplitude comique. Même si le compère Jean-Georges (JoeyStarr) emprunte une direction courue d’avance, Valérie Lemercier, plutôt géniale en ersatz de Teresa Cremisi, ou le couple franglais constitué par Frédérique Bel et Jonathan Lambert volent vite la vedette au duo comique central.

Et c’est bien dans ces moments où Beigbeder s’approche du milieu littéraire de grande production que l’on entrevoit la possibilité d’une satire. Mais les scènes qui décortiquent la création médiatique de l’auteur se résument malheureusement à de rapides clins d’œil, envoyés tantôt au monde des lettres (Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner mènent un débat sur l’ouvrage de Marronnier), tantôt à celui des images (le compositeur Michel Legrand se replonge dans sa période L’Affaire Thomas Crown et Les Moulins de mon cœur pour le happy-end). La comédie satirique qui aurait très bien pu se développer laisse finalement place à une propension à la citation qui est déjà devenu le propre de Beigbeder sur le plan littéraire depuis quelques années.

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