Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Attentat mardi 28 mai 2013

Critique L'Attentat

Cauchemar verrouillé, par Clément Graminiès

L’Attentat

réalisé par Ziad Doueiri

Près de dix ans après Lila dit ça, Ziad Doueiri adapte le best-seller éponyme de Yasmina Khadra qui retraçait le douloureux parcours d’un chirurgien arabe israélien de renom, soudainement confronté au décès de sa femme lors d’un attentat-suicide. Ambitieux dans son propos, L’Attentat n’évite pourtant pas les écueils et les déclarations d’intentions, au risque d’alourdir considérablement un enjeu dramatique verrouillé de l’intérieur.

Le docteur Amin Jaafari représente le parfait modèle d’intégration arabe dans la société israélienne. Médecin reconnu officiant dans l’un des plus grands hôpitaux de Tel-Aviv, l’homme atteint la consécration en remportant un prestigieux prix remis par ses pairs, ce qui lui inspire un discours balisé sur l’espoir d’un meilleur futur pour son pays d’accueil. Seulement, les mouvements circulaires qu’effectue la caméra lors de cette cérémonie officielle sèment le trouble : quelque chose se trame et risque de bouleverser cet équilibre a priori parfait. Il ne faudra pas attendre longtemps pour en venir à ce qui constitue l’enjeu dramatique promis dans le titre, sauf que l’horreur s’abat ici sur un groupe d’enfants venus fêter un anniversaire dans un restaurant. En dépit des préjugés qui pèsent sur lui, le médecin se dévoue corps et âme au chevet des nombreuses victimes rapatriées dans son service. Seulement, l’horreur ne s’arrête pas là : informé du décès de sa femme lors du même événement, le chirurgien modèle apprend qu’elle est suspectée d’être responsable de l’attentat. Commence alors une course haletante pour découvrir la vérité.

La ligne dramatique à laquelle se tient le réalisateur est simple alors, qu’en arrière-plan, les enjeux posés sont complexes. Au-delà du traitement de la question politique qui relève surtout ici d’un constat d’échec assez schématique – Israéliens, Palestiniens, chacun a ses propres raisons –, l’ambition de L’Attentat est surtout construite autour du trouble qui s’abat progressivement sur un personnage au-dessus de tout soupçon. Le lien que tente de faire le médecin entre celle qui a partagé les douces années de sa vie et la potentielle meurtrière constitue un leitmotiv assez stimulant dans la mesure où il tient plutôt en haleine la majeure partie du film. Seulement, le réalisateur n’a pas mis toutes les chances de réussite de son côté même si, dans de trop rares moments, il parvient à extirper son personnage principal d’une mécanique aux boulons trop visibles. On pense par exemple à cette tentative de reconstituer avec un certain brio une géographie politique des déplacements, faisant marcher le médecin aveuglé par tant d’incompréhension dans les pas d’une femme dont il ignorait peut-être tout.

Malheureusement, c’est à peu près tout l’intérêt de cet Attentat car Ziad Doueiri ne s’est jamais donné les moyens de faire exister ses deux personnages principaux au-delà des enjeux politiques qu’ils symbolisent malgré eux. Le problème principal tient probablement à la construction du film qui ressemble trop à une dissertation consciencieusement rédigée en trois parties avec des ruptures de ton excessivement manifestes entre chacune d’elle pour assurer le trouble uniforme auquel le conflit politique régional se prête pourtant. Complètement verrouillé, le personnage du médecin (interprété par Ali Suliman – vu dans Paradise Now et Le Temps qu’il reste – pas très inspiré ici) ne s’enrichit pas au travers des épreuves, comme si son obsession pour la vérité provoquait une certaine imperméabilité. Si un tel comportement est crédible dans la réalité, il a ici pour effet de clouer le film au sol, de le rendre prisonnier d’un didactisme bien lisible. Pour palier ces faiblesses, le montage multiplie les flashbacks sur un personnage de femme trop idéalisé pour que ses intentions (politiques, morales, amoureuses) soient incarnées. Alors que L’Attentat est censé mettre en scène la chair (érotisée lors des ébats, salement meurtrie lors du drame), le parti pris de Ziad Doueiri ne lui permet malheureusement pas d’être plus qu’un exposé, certes honorable mais pas assez convaincant.

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