Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Autre Vie de Richard Kemp mardi 4 juin 2013

Critique L'Autre Vie de Richard Kemp

Jean-Hugues redouble, par Clément Graminiès

L’Autre Vie de Richard Kemp

réalisé par Germinal Alvarez

Le traqueur d’un tueur en série se retrouve projeté dans le passé et tente d’anticiper la vague de meurtres à venir. Sur ce canevas pas très original où se côtoient enquête policière et paranoïa de circonstance, Germinal Alvarez greffe une histoire d’amour téléphonée pour donner un peu d’épaisseur aux personnages. Mais rien n’y fait : dépourvu de suspense et lesté de sa matière, L’Autre Vie de Richard Kemp ressemble à un mauvais épisode des Experts.

Certains films pourraient être donnés en exemple pour anticiper tous les pièges que recèle une fausse-bonne idée de scénario. L’Autre Vie de Richard Kemp en est la parfaite démonstration tant le réalisateur, dont c’est ici le premier long-métrage, semble s’être trop bien accommodé des enjeux posés par cette projection dans le passé pour ne pas en assumer la complexité géographique et temporelle. À la différence de Retour vers le futur, de Peggy Sue s’est mariée ou encore plus récemment de Camille redouble, Germinal Alvarez ne s’encombre pas des interrogations temporelles qui surgissent du rapport entre passé et présent ; il prend simplement pour acquis que tout est redéfini par la quête très individualiste de Richard Kemp, au risque de nous faire passer le personnage pour un monstre d’égoïsme pas franchement sympathique. Tous les enjeux dramatiques sont convertis à sa seule cause, ramenant le scénario à cette traque qui ne passionne pas un seul instant, et asservissant les personnages secondaires à cette mécanique trop médiocre.

C’est d’autant plus dommage que tous ne méritaient pas un tel sort : en tête, celui de la jeune psychologue incarnée par la talentueuse Mélanie Thierry, une nouvelle fois mal et sous-employée par l’industrie du septième art. D’abord troublée par l’histoire de Richard Kemp, elle investit le film d’une charge mélancolique exprimée au début en mode mineur puis qui s’étiole progressivement sous le poids d’une logique narrative rivée à l’enjeu initial. Quelques bonnes idées en germe (notamment le dédoublement du personnage principal qui finit par s’espionner lui-même) ne permettent néanmoins pas au projet de s’affranchir de cette pesanteur trop parfaitement incarnée par Jean-Hugues Anglade. Si l’acteur a pu se distinguer chez certains réalisateurs, force est de reconnaître que sa batterie d’expressions faciales est souvent bien trop limitée à son absence de profondeur de jeu. Entre ironie vaguement déplacée (lorsque son personnage sauve un adolescent des griffes du tueur) et insipidité (lors d’une visite désolante au chevet de sa mère), l’acteur ne fait jamais preuve du charisme attendu. C’est dire s’il ne mérite jamais sa partenaire de jeu.

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