Accueil > Actualité ciné > Critique > L’avenir est ailleurs mercredi 28 mars 2007

Critique L'avenir est ailleurs

Compilation de témoignages, par Clément Graminiès

L’avenir est ailleurs

Arrivés au début des années 1960 en métropole avec des rêves plein la tête, les jeunes venus des départements d’outre-mer ont souvent du faire face à de nombreuses désillusions (chômage, intégration difficile, retour au pays impossible). C’est cette douleur qu’Antoine Léonard-Maestrati tente de capter en récoltant de très nombreux témoignages. Malheureusement, les compilations n’ont jamais fait les bons documentaires et l’absence totale de mise en scène rend le projet tellement anecdotique que seule la population antillaise risque d’y trouver son compte.

Au début des années 1960, la métropole se remet avec difficulté de la fin de la guerre d’Algérie. En pleines Trente Glorieuses, le territoire fait appel aux jeunes populations issues des départements d’outre-mer (principalement la Guadeloupe et la Martinique) pour subvenir au manque de main d’œuvre. Pour une grande partie de la population antillaise, l’opportunité semble rêvée : partir d’une île qui croule sous le chômage et une relative pauvreté pour bien mieux gagner sa vie était une proposition que peu à l’époque se permettaient de refuser. Évidemment, l’arrivée en métropole ne fut pas à la hauteur de leurs espérances : le plus souvent parqués dans les nouvelles cités en périphérie de la capitale, les nouveaux arrivants souffraient aussi de voir que leur intégration n’était pas aussi aisée qu’ils l’auraient imaginée, conscients qu’ils étaient seulement français pour les mauvaises raisons.

Antoine Léonard-Maestrati s’est donc mis en tête de récolter les réactions de ceux qui sont venus en métropole. Sans transition véritable, on passe donc d’une famille établie dans une banlieue modeste à un couple revenu vivre sur leur île natale en passant par de multiples portraits de familles, d’interventions d’hommes politiques (Aimé Césaire) ou pas (Lilian Thuram). Outre le fait que les interventions ne sont pas toujours très passionnantes parce qu’elles disent toutes plus ou moins la même chose (la nostalgie de l’île, les désillusions d’aujourd’hui), L’avenir est ailleurs souffre d’une absence totale de construction. Le montage cumule les témoignages sans en faire ressortir les véritables enjeux. La mise en scène, moins existante encore que dans un reportage télé, se borne à alterner les plans d’ensemble (les jeunes dans la cité) et gros plans. Pire peut-être est la reconstitution du départ d’une jeune femme pour la métropole qui ressemble davantage à un pastiche qu’à un travail documenté.

Mais ce qui fait probablement le plus défaut à L’avenir est ailleurs, c’est son absence de réflexion politique. Depuis 1962 et la première vague de migration, la métropole n’a pas eu une politique constante et uniforme sur l’intégration et sur les relations qu’elle décidait d’entretenir avec ses départements d’outre-mer. L’année dernière encore, le souhait d’inscrire le « rôle positif » de la colonisation dans les livres d’histoire a provoqué un tollé général et a valu à Nicolas Sarkozy l’annulation d’un voyage aux Antilles. Mais de tout cela, rien ne transparaît ici. La masse politique reste donc obscure tout comme la métropole en un sens. Le documentaire reste totalement replié sur son sujet, ne construit aucun pont entre les DOM et la métropole, au point qu’il est bien difficile d’imaginer que le film puisse amener le moindre débat.

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