Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Écume des jours mardi 23 avril 2013

Critique L'Écume des jours

La nausée, par Julien Marsa

L’Écume des jours

réalisé par Michel Gondry

Sur le papier, la rencontre entre le cinéaste-bricoleur Michel Gondry et l’univers du célèbre roman de Boris Vian, truffé d’inventions visuelles, avait de quoi susciter une certaine curiosité. Le résultat s’avère problématique et boursouflé, pas tant sur le plan strict de l’adaptation, que d’un effet de surchauffe permanent insufflé par la volonté d’être à la hauteur de la poésie surréaliste et onirique du roman.

Il y a finalement peu de choses à reprocher à Michel Gondry sur ce coup-là. Le choix de situer son adaptation dans un Paris contemporain, qu’il parsème ici et là d’une patine rétro, permet de capturer avec justesse une possible relecture « bobo » du roman de Boris Vian. En saupoudrant le tout d’une touche cartoonesque et carton-pâte, il produit un semblant de bizarrerie qui suffit à déplacer la diégèse dans un monde parallèle qui serait à la fois le nôtre et un autre, et l’englobe d’une dimension orwellienne, qui voudrait que le récit s’écrive malgré les personnages, presque à leur insu, saisissant leur inquiétude face à l’écoulement inexorable du temps. Colin et Chloé, personnages finalement assez communs et indéfinis dans le roman, sont tout naturellement incarnés par deux têtes qui nous sont familières (Romain Duris et Audrey Tautou), représentations passe-partout du jeune couple fringant et mignon. Le terrain fut donc préparé avec vigilance, mais voilà, il fallait bien dépasser le stade de la bluette fantaisiste et inconséquente, donner un peu de poids à la démarche, au risque de passer pour le saligaud qui aurait saboté ce roman tant adoré.

Et c’est là que le bât blesse. Délaissant au passage toute la dimension cruelle insufflée par Vian à un univers dont l’arbitraire constitue une source de désarroi et d’inquiétude diffuse, Gondry se lance dans une entreprise dont on perçoit assez vite la dimension ronronnante. Une forme d’excitation un brin hystérique gagne constamment le film, qui tente à grand renfort de gags et d’effets visuels de créer des accidents qui le feraient sortir de ses gonds, alors que ceux-ci ne font que conforter une tendance à l’épuisement et à la surenchère. Comme si Gondry, pour se prévenir de la richesse visuelle et digressive du roman, avait engendré une machine ayant pour seul but et justification une débauche esthétique, un vernis qui cache, paradoxalement, un manque criant d’inspiration. Si l’on y ajoute une utilisation intempestive de la musique, on obtient un film harassant dont le récit est sans cesse parasité par une course effrénée, celle qui pousse Gondry à vouloir se mesurer à l’exubérante imagination de Boris Vian. Depuis cette perspective imposée au spectateur, ce prétendu combat de titans accouche d’une souris bien grasse.

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