Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Heure zéro mardi 30 octobre 2007

Critique L'Heure zéro

Une maison biscornue et un metteur en scène inégal, par Ariane Beauvillard

L’Heure zéro

réalisé par Pascal Thomas

Depuis Mon petit doigt m’a dit, on doutait légèrement de la possibilité de renouveau d’un cinéma qui tend au comique mais reste dans ses dialogues, sa direction d’acteur et son cadre, assez lourd et imposant. Pascal Thomas renoue avec une tradition très poseuse du suspense, avec ses schémas narratifs et ses personnages très marqués, mais ne parvient que très rarement à rendre son sujet réellement passionnant. Pour une raison assez simple : lui-même a probablement trop huilé la mécanique comique pour que sorte de ce film une quelconque spontanéité.

Pascal Thomas aimait déjà les familles, les groupes, et en avait tiré une substance sympathique dans des films comme Les Maris, les femmes, les amants, ou, plus récemment, Le Grand Appartement. On retrouve ici son amour des bandes loufoques au travers d’une adaptation littéraire qui a visiblement dérouté ce grand lecteur qu’est Pascal Thomas. Mais il ne parvient jamais à insuffler une réelle causticité, ou une ironie légère tant son adaptation est alourdie par des schémas narratifs contestables, des décors baroques et une lumière passée... qui font regretter la drôlerie imaginative des derniers films de Bruno Podalydès comme Le Parfum de la dame en noir. L’Heure zéro, selon Agatha Christie, est cet instant créé par une suite d’événements antérieurs qui mènent au crime, à la révélation du sens de ces événements.

Et le bât blesse dès le départ : une tripotée d’avocats et d’enquêteurs discutent dans un salon cosy (feu de bois, fauteuils en cuir...) d’une affaire. Mises à part les apparitions de jeunes acteurs très faux qui s’étonnent de la complexité de la machine judiciaire, Pascal Thomas se place immédiatement dans l’idée de reconstitution du mystère. Pourquoi cette introduction maladroite et un brin statique ? Il campe son décor avec minutie, mais également avec un peu trop de lenteur. Ainsi met-il une petite heure à recentrer son sujet : le meurtre. Entre-temps, il nous a présenté ses personnages : les Neville, qui comporte la vieille tante (toujours délicieuse Danièle Darrieux, la seule à donner le change en terme de fantaisie), le neveu pas si fade que cela (Melvil Poupaud), la nouvelle femme du neveu (hystérique Laura Smet, pas très finaude sur ce coup-là), l’ancienne femme du neveu (très digne Chiara Mastroianni), amis et tutti quanti. Ce n’est pas un mystère, c’est la vielle tante pleine aux as qui va morfler. Mais qui l’a tuée ? L’inspecteur Bataille prétendument original (interprété par un François Morel plein de talent mais très mal dirigé) va trouver la clé d’un crime presque parfait.

Pascal Thomas superpose les images et semble s’intéresser bien plus à un décor physique en filmant les vagues bretonnes qui se cassent sur les rochers, les escaliers de bois sculptés (lieu topique du cinéma de suspense) et autres cheminées, qu’au décor humain qui devrait expliquer bien davantage le chemin vers cette heure zéro. Quelques dialogues bien trempés ne parviennent pas à donner le rythme de la coupure, du retournement, bref, du comique ironique et fanfaron. Le film préfère bien souvent le comique de répétition -au travers de plusieurs séquences de pleurs d’une des bonnes, très énervantes-, voire le grotesque outrancier. Si l’intrigue devient plus intéressante lorsque le crime a été commis (et il faut attendre), l’enquête n’est pas assez fine pour faire apparaître le dénouement comme vraiment surprenant. C’est un film de décor, et donc un film assez décoratif.

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