Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Homme qui rit mardi 25 décembre 2012

Critique L'Homme qui rit

Hugo et compagnie, par Nicolas Journet

L’Homme qui rit

réalisé par Jean-Pierre Améris

Film-pudding comme on ne croyait plus en voir que sous la patte de Josée Dayan, le film pense tendre vers Tim Burton, mais ne fait que démontrer les limites d’un certain cinéma français dit populaire.

On aurait tellement aimé y croire. Voir un film français adaptant l’un des chefs d’œuvre de la littérature française et le moderniser, lui apporter un plus, le rendre accessible au plus grand nombre sans le dévitaliser. Hélas, ce n’est pas L’Homme qui rit qui exaucera ce vœu. Au contraire, il renvoie même à ce que le cinéma hexagonal peut faire de pire. Il suffit de voir la scène d’introduction pour que la messe soit dite.

D’emblée, à peine les cartons du générique égrainés, les premiers dialogues surgissent, plats, sans envergure, sous la plume du scénariste Guillaume Laurant semblant totalement tétanisé à l’idée de se mesurer au grand Victor Hugo. Tout sonne faux, la neige fait morceaux de coton, les décors sentent le carton-pâte, les costumes ont le kitsch d’un concours Eurovision… On est dans le conte, d’accord, dans l’outrance romanesque, dans le décalage voulu et revendiqué avec la réalité, ce qui bien sûr peut autoriser tous les artifices même les plus voyants. Tim Burton le réussit souvent très bien, Jean-Pierre Améris le rate consciencieusement. Parce qu’en fait il n’ose pas vraiment à y toucher à son sujet plus que râpeux.

En effet, L’Homme qui rit n’est pas un texte sympathique, loin de là, on y traite de lutte des classes, du poids des apparences, de monstruosité et d’innocence, et le final en appelle presque à la révolution. Le traitement prête au gothique, pourtant le film ne s’y risque qu’à très peu d’occasions d’où une facture globale se tournant vers le téléfilm d’époque.

On pourrait cibler un manque de moyens, Jean-Pierre Améris n’a pas clairement le budget d’un Tim Burton pour construire son univers. Mais avoir 13 millions d’euros à sa disposition, ce n’est quand même pas rien. Chaque séquence renvoie plutôt à un défaut d’ambition. Exemple parmi d’autres, la scène de bal où le jeune Gwynplaine (un Marc-André Grondin insipide) est introduit dans le grand monde ne compte qu’une petite quinzaine de figurants faisant cercle, trop peu pour créer le rapport de forces voulu, le contraste de puissance qui susciterait une émotion et nous ferait partager l’inquiétude du héros. Jamais rien n’éclate, n’éblouit, ne fait cinéma en somme.

Les seuls mérites du film sont d’avoir gardé la fin du livre dans sa terrible intransigeance et d’avoir troussé des scènes de théâtre de foire pour le coup assez réussies. Trop peu pour éviter de trouver le temps long et s’ennuyer ferme en attendant que les lumières se rallument. Petit détail, L’Homme qui rit rappelle aussi combien Gérard Depardieu est un bon acteur. Loin des polémiques actuelles, un peu plus concerné qu’à l’habitude, il éclabousse chaque scène de son talent animal, pesant ses silences, jouant à merveille du contraste de son physique d’ogre et de sa fragilité à fleur de peau. Si seulement il pouvait dompter sa flemme de parvenu et faire le petit effort de retrouver les plateaux de grands réalisateurs…

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