Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Incroyable Hulk mardi 22 juillet 2008

Critique L'Incroyable Hulk

Geek smash !, par Matthieu Santelli

L’Incroyable Hulk

The Incredible Hulk

réalisé par Louis Leterrier

Plutôt qu’une suite au film d’Ang Lee, L’Incroyable Hulk est ce qu’on pourrait appeler un « reboot ». C’est-à-dire qu’on relance les dés d’une saga en changeant les comédiens, l’esthétique, les réalisateurs etc, l’air de rien. Alors évidemment, en troquant Ang Lee contre Louis Leterrier, il y avait de quoi éveiller les craintes. Mais heureusement le film choisit comme filet de secours la solidité de l’univers Marvel. Ni plus (tant pis), ni moins (tant mieux).

Surprise : L’Incroyable Hulk est un divertissement qui se laisse regarder sans désagrément alors qu’il est réalisé par le tâcheron responsable d’abominations telles que Danny the Dog ou Le Transporteur 2 : Louis Leterrier. Incroyable, non ? Après Iron Man, c’est le second film Marvel réussi cette année malgré un réalisateur de très modeste envergure derrière la caméra. Qu’est-ce à dire ? Que le système hollywoodien peut se passer de metteurs en scène brillants pour être bon ? Qu’il aura enfin fini par soumettre cette insolente rébellion que représentent les auteurs ? Calmons-nous. Un point commun capital relie L’Incroyable Hulk et Iron Man : il s’agit des premières productions entièrement supervisées par Marvel. Car depuis une dizaine d’années qu’elle voit ses personnages se faire adapter sur grand écran, la « Maison des idées » a participé en douceur, observé attentivement et pris le temps nécessaire pour pouvoir domestiquer à son tour ce médium onéreux qu’est le cinéma. Aujourd’hui, plus sûre d’elle, forte de son expérience, de ses succès et de ses échecs, elle décide de reprendre le contrôle et de gérer dorénavant toute seule les adaptations des licences qu’elle s’est gardé sous le coude en attendant son heure. Le résultat est probant : L’Incroyable Hulk et Iron Man sont fidèles en tout point à l’esprit des comic books originaux.

En y regardant de plus près, on voit bien les points communs qui relient ces deux films. Une distribution d’acteurs de qualité, plutôt que des stars, un réalisateur à faible personnalité et surtout un scénario qui prend le temps d’approfondir les caractéristiques du héros, plutôt que de cumuler les scènes d’actions (bel et bien présentes, qu’on se rassure !). Tout cela ne tient pas tant de la formule que du savoir-faire d’une maison d’édition qui a su très rapidement gérer la mythologie de ses personnages. Son but avoué aujourd’hui, c’est de ne plus les faire évoluer seulement sur papier mais aussi sur les écrans, leur offrant ainsi un nouveau terrain pour construire leur légende. Ce ne sont plus les super-héros qui viennent au cinéma mais le cinéma qui vient à eux. Du coup, tout ici est mis au service de la mythologie Marvel, plutôt qu’aux divagations des cinéastes. Si on se remémore par exemple le précédent Hulk, réalisé par Ang Lee, metteur en scène bien plus ambitieux que Leterrier, on se souvient que le réalisateur du Secret de Brokeback Mountain tentait de tirer le film vers soi, de l’imprégner de ses propres thèmes, d’en faire sa chose. Mais on ne lutte pas impunément contre un mythe, on s’y heurte, surtout celui de Hulk, car « Hulk smash » ! D’où l’échec artistique du film, son irrémédiable ratage – qui le rendra toujours plus intéressant qu’un film nul, certes, mais tout de même, c’est terrible.

Alors, aux élucubrations visuelles du film de Lee, la version « de » Leterrier préfère tendre une main directe aux spectateurs geeks, leur assénant ça et là quantité de clins d’œil réjouissants mais surtout en plantant les graines de l’univers Marvel, à grands coups de références à la BD, ouvrant ainsi la voie sur les possibles films à venir (en créant par exemple un pont direct avec Iron Man). Et à cet égard, le film fonctionne magnifiquement. Mais à cet égard seulement. Car à trop vouloir satisfaire les geeks, on en oublie un peu les cinéphiles. Ni le filmage approximatif de Leterrier, ni le talent un brin trop pontifiant d’Edward Norton ne parviennent à hisser le film bien haut sur le plan cinématographique. Il manque le petit plus qui donnait à Iron Man toute sa valeur : le plaisir coupable, enfantin et diablement communicatif du réalisateur et de l’acteur à se voir confier la conduite d’un tel projet. Reste aux novices à se raccrocher à la qualité (époustouflante) des effets spéciaux et à espérer qu’ils seront sensibles au vœu pieux de Marvel, à savoir réveiller le geek qui sommeille en eux. Pourvu qu’il ne soit pas vert…

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