Accueil > Actualité ciné > Critique > La Cage dorée mardi 23 avril 2013

Critique La Cage dorée

Honnête téléfilm, par Nicolas Journet

La Cage dorée

réalisé par Ruben Alves

Après Les Femmes du 6ème étage, voici une nouvelle comédie centrée sur le personnel de service des immeubles chics parisiens. Frais, léger, le premier film de Ruben Alves n’en reste pas moins une sorte de téléfilm amélioré un peu perdu sur grand écran.

Il y a des films malins qui trouvent un sujet porteur, parce que véhicule d’émotions simples, et le traitent jusqu’au bout du factice sans la moindre vergogne. C’était le cas des Femmes du 6ème étage de Philippe Le Guay, qui jouait du personnage de grand bourgeois de Fabrice Luchini pour nous emmener dans le petit monde forclos des femmes de ménage espagnoles de son immeuble. L’aura certaine de Luchini servait de point de vue totalisant au film, prétendait montrer des prolétaires avec empathie, mais ne faisait que rappeler à chaque image la différence de classe. Dans un double discours retors, le pauvre était à la fois une source de mépris rappelant à rebours la réussite de celui qui porte le regard, et une sorte de divertissement mondain faite de bonne conscience et de philanthropie frelatée.

La Cage dorée reprend le thème, mais pas du tout sous le même angle d’attaque. Les concierges portugais, le réalisateur Ruben Alves les connaît pour les avoir eus pour parents. Forcément, le regard qu’il porte sur eux n’a aucune marque de condescendance. Cette fois, ce sont les gens du bas de l’escalier social qui détiennent le point de vue, renvoyant leurs patrons habitants des beaux quartiers à des figures de petits oppresseurs bon chic bon genre. L’inversion des rôles efface tout cynisme et produit un film léger et frais, qui suscite une vraie sympathie. L’histoire d’amour à la Roméo et Juliette qui sous-tend le film est simpliste au possible, l’héritage inespéré qui change la donne est une ficelle de scénario facile, mais le récit propose une galerie de personnages attachants qui font passer un moment agréable.

Après, La Cage dorée n’a pas grand-chose à proposer sur le plan de la forme. C’est filmé clean, net, façon téléfilm. Les couleurs sont criardes, toujours solaires même pour un papier peint. On est beaucoup dans le champ contre-champ, dans le montage cut sur une réplique censée faire mouche selon un principe finalement très vaudeville. Il s’agit du premier long-métrage de Ruben Alves, et on a parfois l’impression que c’est son douze ou treizième. Cela rassurera son agent qui détient là un faiseur né qui pourra enchaîner les projets et les contrats, mais la démarche manque tout de même affreusement de personnalité. Le casting est le seul aspect où l’on descelle une pointe d’originalité. Des acteurs portugais peu connus chez nous (Rita Blanco, Joaquim de Almeida…) occupent les premiers rôles et sont très bons. Et Chantal Lauby, peu utilisée, rayonne dans un rôle taillé sur mesure.

On pourra juste s’étonner que le cinéma français produise à la chaîne ce type de films lisses. Intouchables, La Cité Rose… Les comédies sociales se veulent aseptisées, traitant du bout de l’objectif les inégalités qu’elles mettent en scène. Il devient étonnant de voir combien le septième art hexagonal se voit en cataplasme, en pansement sociétal, refusant de porter frontalement la caméra dans la plaie. Ce qui n’exclut pas forcément l’humour, profondeur et légèreté n’étant pas forcément incompatibles.

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