Accueil > Actualité ciné > Critique > La Cité interdite mercredi 14 mars 2007

Critique La Cité interdite

Le choix de l’or, par Nicolas Giuliani

La Cité interdite

Man cheng jin dai huang jin jia

réalisé par Zhang Yimou

Le cinéaste chinois réalise un film historique visuellement splendide – l’histoire romancée de la dynastie Tang dans des décors luxuriants. Actions rondement menées, chorégraphies sophistiquées, décors éblouissants tout y est : au dépens du récit ?

La Cité interdite convoque l’artillerie lourde du cinéma chinois. Casting de renom : Gong Li et Chow Yun-Fat, couple impérial, deux des comédiens chinois les plus en vue. Scènes d’actions majestueuses aux effets visuels multiples. Décors et costumes flamboyants : a-t-on déjà vu autant d’or dans un film ? Tout est sculpté, ornementé, léché, peigné. Le budget a dû être considérable. Aux commandes, Zhang Yimou. Depuis Le Sorgho rouge, Ours d’or au festival de Berlin en 1989, jusqu’au Secret des poignards volants, réalisé en 2004, le cinéaste s’est assuré une réputation internationale impressionnante ; des films comme Épouses et concubines (1991), Qiu Ju, une femme chinoise (1992), Vivre ! (1994) ou Pas un de moins (1999) balisent la construction d’une œuvre tapissée de récompenses.

Au cœur du palais de la dynastie Tang dans l’attente de la célébration de la fête de Chong Yang, se trame des conspirations visant à renverser le pouvoir en place. L’Empereur, patriarche tyrannique, a du mal à enrayer les ambitions de ses jeunes fils : le complot dégénère en trahison. Une guerre éclate au sein du palais. La Cité interdite engage alors une réflexion intéressante sur les limites du pouvoir et sur ses effets dévastateurs – à part dans les scènes finales : véritables règlements de compte intra muros, la violence n’est jamais proclamée, toujours en creux, menaçante et insidieuse. Pourtant le film, comme aveuglé par sa propre ambition, peine à séduire.

Car Zhang Yimou, trop préoccupé à proposer un grand spectacle, en a oublié de faire du cinéma. Les personnages s’agitent dans ce grand palais, creux comme une coquille vide. La fresque se déplie, certains éclats épars de mise en scène s’incrustent dans l’œil – quelques combats joliment chorégraphiés, quelques fulgurances, mais l’ensemble s’essouffle trop préoccupé à faire spectacle. Deux constats : absence de substance dramatique, splendeur sans âme.

Annonces