Accueil > Actualité ciné > Critique > La Couleur de la victoire mardi 26 juillet 2016

Critique La Couleur de la victoire

© Square One / Universum

Biopic olympique, par Nicolas Journet

La Couleur de la victoire

Race

réalisé par Stephen Hopkins

La Couleur de la victoire concentre sa narration autour des Jeux Olympiques de 1936 et la possibilité de leur boycott. Leur histoire est connue du fait des célèbres photographies de l’athlète américain Jesse Owens qui sont intégrées dans les manuels d’histoire. Voir un jeune homme noir triomphant de ses rivaux – dont des Allemands – devant le chancelier Adolf Hitler chantre de la suprématie aryenne représente en effet une puissance iconique imparable.

L’enjeu de se rendre ou non aux Olympiades de Munich contient cette dose de choix éthiques – entre Bien et Mal – qui plaît tant au cinéma américain de divertissement vers lequel tendent les coproducteurs canado-germano-français. Et il est vrai que comparer l’Allemagne nazie et les États-Unis du temps de la ségrégation constitue en soi un sujet fort. La séquence où arrivant à Munich Jesse Owens se rend compte qu’il est traité désormais d’égal à égal avec ses équipiers blancs est à ce titre on ne peut plus perturbante.

Version accélérée

Malheureusement ce type de scènes marquantes est plus que rare sous la direction de Stephen Hopkins. Créateur de la série 24 heures chrono, celui-ci livre une mise en scène ultra-efficace, très télévisuelle. Malgré ces presque 120 minutes, La Couleur de la victoire est un long-métrage qui donne une sensation de grande célérité. Le biopic n’est même pas de l’ordre de l’illustration didactique, ce qu’on peut reprocher d’ordinaire à nombre de films historiques, mais prend des allures de survol général. Tout est traité dans une même horizontalité : un entraînement sur le stade, une discussion entre responsables sportifs… et ainsi de suite.

Chaque élément de cet enchaînement monté staccato n’est pensé que par le biais d’une sidérante littéralité. Tout est dans le plan, soit dans l’image, soit dans le dialogue, voire dans les deux en simultané pour être sûr que soit bien délivrée au spectateur l’information voulue. Le résultat est du coup d’une niaiserie confondante. Les acteurs principaux sont tous médiocres (ce devrait être le dernier rôle dramatique de Jason Sudeikis) mais ils se trouvent cantonnés à des situations si prévisibles qu’elles frôlent le comique involontaire : quand un personnage est en colère il frappe du poing sur la table, quand un personnage est malheureux il boit de l’alcool...

À raconter un épisode historique en version aussi accélérée, il y a forcément des subtilités qui sont gommées ou pire des faits qui se voient transformés au passage. Ainsi la réalisatrice Leni Riefenstahl devient une rebelle au régime nazi, quasi militante de la cause noire, ce qui n’est pas des plus exacts. Si elle n’était guère appréciée de Joseph Goebbels, Leni Riefenstahl était couvée par un Hitler qu’elle admirait en retour. Idem pour l’entrepreneur Avery Brundage, futur membre du CIO, militant antiboycott, autant défenseur des valeurs du sport comme le décrit le film que profondément antisémite et donc peu enclin à condamner avec la plus grande force les agissements des Nazis.

Plus le récit se déploie, plus il paraît clair que La Couleur de la victoire n’a que faire des zones grises du pan d’histoire qu’il aborde. Seul compte en réalité un culte plus basique de la gagne pour la gagne, du self-made man parti de rien pour arriver aux sommets, bref de la vie perçue comme une compétition sportive. L’entraîneur de Jesse Owens le lui répète à l’envi tout au long du film : l’athlète doit concourir à Munich car il détient une chance unique de battre le record de médailles, ses camarades juifs du relais sont exclus mais s’ouvre là une opportunité inespérée de gagner une autre breloque… Pas sûr que cette ode enamourée et digne des années Reagan à l’imaginaire américain soit des plus à propos ni d’une grande originalité.

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