Accueil > Actualité ciné > Critique > La Grâce mardi 5 novembre 2013

Critique La Grâce

La pente descendante, par Vincent Avenel

La Grâce

Gnade

réalisé par Matthias Glasner

Que se passe-t-il lorsque, de gré ou de force, un individu s’exile dans un environnement fondamentalement hostile – ici, une région glacée de la Norvège ? La Grâce débute alors que la longue nuit s’abat sur la région : une neige immaculée recouvre le paysage, un ciel perpétuellement noir le surplombe. Cela signifie-t-il que la nuance sera absente du film de Matthias Glasner ? Son décor manichéen ne sert que de contrepoint au réalisateur : ses protagonistes marchent sur la corde raide, prenant toujours garde à ne pas verser d’un côté ou de l’autre.

Et, lorsque Maria, la mère de la famille récemment installée, renverse une jeune fille sur la route avant de prendre la fuite, cet équilibre est d’autant plus ténu. Déjà remplie de non-dits, de mensonges, d’omissions, la vie de la famille évolue vers une tension perpétuelle. Lorsque la surface s’éclaircit, que la nuit prend fin – voilà que la situation empire encore. Sous ce jour d’une blancheur virginale, Maria, son époux Niels et leur fils Markus évoluent dans une zone grisâtre, sans repère, toujours plus cachés, enfermés – jusqu’à l’inévitable point de rupture.

Pas d’apex dans La Grâce, pas de catharsis – le film progresse vers l’avant sans permettre aux adultes de combler le vide qui s’installe entre eux. Seule certitude : la conquête progressive de l’écran par le jeune Markus, le renouveau, la promesse d’une table rase qui effacerait les creux et les bosses, qui éventuellement retisserait les liens dont on se rend bien compte, au-delà de la simple tension entre les deux parents, qu’ils se délitent doucement. Là encore, l’absolu n’est pas de mise, et ce jeune homme porteur d’espoir a déjà débuté sa marche vers le gris.

Le décor grandiose est une oppression pour le réalisateur Matthias Glasner, un état de grâce, un jardin d’Eden où les humains s’efforcent de regagner leur place, sans toutefois pouvoir faire autre chose que se tromper eux-mêmes : ils sont irrémédiablement corrompus. Le réalisateur parvient à saisir cette faillite à la fois dans ce qu’elle peut avoir d’attendrissant, dans ce qui peut susciter l’empathie, et l’étincelle de grâce qui persiste, malgré tout.

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