Accueil > Actualité ciné > Critique > La Joyeuse Suicidée mardi 5 mai 2009

Critique La Joyeuse Suicidée

La femme de la rue, par Clément Graminiès

La Joyeuse Suicidée

Nothing Sacred

réalisé par William A. Wellman

Parfaite démonstration de ce que la comédie romantique américaine pouvait offrir de plus efficace dans les années 1930, La Joyeuse Suicidée a le charme suranné des vieux films qu’on regarde avec une indulgence certaine. Avec le talentueux William A. Wellman derrière la caméra, on ne pouvait en plus pas passer à côté d’une critique (certes légère) du populisme des médias et de leur goût pour le macabre.

Hazel Flagg se sait condamnée après une contamination par le radium. Le cas est déjà célèbre puisque les journaux se sont un temps empressés de relater le tragique destin de cette belle jeune femme (délicieusement interprétée par Carole Lombard) privée d’avenir pour mieux apitoyer les lecteurs. Le journaliste Wallace Cook, mis à pied après une terrible faute professionnelle, y voit l’opportunité de retrouver sa crédibilité et décide de monter en épingle cette tragédie à coups de grands événements médiatiques. Seule ombre au tableau, Hazel Flagg a entre-temps découvert qu’elle était hors de danger... S’en suivent alors pour le couple de héros une série de péripéties, parfois inégales, souvent délicieuses, qui n’auront que pour seul but de ridiculiser en long en large et en travers les excès d’une telle récupération médiatique.

Célèbre metteur en scène des années 1930, William A. Wellman a réalisé quelques films marquants de la décennie comme l’excellent L’Ennemi public n°1 ou encore la toute première version d’Une étoile est née (le remake de George Cukor passera davantage la postérité). Quel que soit le genre abordé (du film noir au western), Wellman ne s’est jamais totalement départi d’un arrière-plan social et politique, à l’instar de l’un de ses plus célèbres confrères de l’époque, Frank Capra. Et c’est bien évidemment à lui et à son célèbre L’Homme de la rue (1938) que l’on est tenté de penser en suivant les mésaventures de cette Joyeuse Suicidée. Dans le film de Capra, un journal montait de toute pièce le suicide d’un anonyme épuisé par la crise économique pour relancer ses ventes. Si L’Homme de la rue s’inscrivait plutôt dans une longue série de films rooseveltiens où la détresse du peuple américain restait palpable malgré le désamorçage presque systématique du drame par la comédie, La Joyeuse Suicidée ne prétend pas à la même portée sociale en restant avant tout une comédie romantique mineure et assumée comme telle.

Si le métier de journaliste n’en ressort pas grandi et les goûts du grand public plutôt douteux, La Joyeuse Suicidée vaut davantage pour l’abattage de ses deux acteurs principaux qui s’inscrivent totalement dans la plus pure tradition de la comédie hollywoodienne d’alors, essentiellement basée sur la rencontre inattendue d’un homme et d’une femme que tout oppose mais qui finiront bien évidemment dans les bras l’un de l’autre. Le duo Lombard/March n’a pas la grâce burlesque d’un Hepburn/Grant mais le plaisir des acteurs est suffisamment manifeste pour permettre au spectateur de passer un agréable moment en se délectant d’un film aussi léger qu’une bulle de champagne.

Annonces