Accueil > Actualité ciné > Critique > La Personne aux deux personnes mardi 17 juin 2008

Critique La Personne aux deux personnes

Comme un ouragan, Alain Chabat aurait tout emporté..., par Ariane Beauvillard

La Personne aux deux personnes

Voici quelques mois débarquait l’accroche de La Personne aux deux personnes sur internet sous la forme d’un clip à la ringardise drolatique : Gilles Gabriel, alias Alain Chabat, chantait avec l’extraordinaire mauvais goût des années 1980 Flou de toi. Malheureusement, l’accroche aurait presque suffi tant le film, malgré quelques petits gags réussis, manque de dynamisme et d’inventivité.

On retiendra probablement deux choses de La Personne aux deux personnes : son clip, Flou de toi, visionnable partout sur internet, qui parodie les clips des années 1980 et le ridicule des paroles d’un certain nombre de chansons faiblardes, et ses dix premières minutes durant lesquelles Alain Chabat campe Gilles Gabriel, chanteur aux rouflaquettes impressionnantes et à la certitude dérisoire que sa carrière sera bientôt relancée. Évidemment, Chabat chantant « Avec toi, c’est champagne, j’ai chaud », cela vaut son pesant de cacahuètes. Il y a d’ailleurs dans cette introduction une intéressante critique de la nostalgie, qui sévit il y a quelques temps, des années de rimes riches et de fondus enchaînés sur des plages ensoleillées. Mais, Alain Chabat disparaît rapidement pour n’être plus qu’une voix off, qui s’est installée après un accident de voiture dans la tête de Jean-Christian/Daniel Auteuil.

Les deux réalisateurs, Nicolas et Bruno, autrefois auteurs des réussis « Messages à caractère informatif », s’accrochent à leurs premières amours : le film d’entreprise. Leurs anciennes chroniques en parodiaient : ici, c’est au sein de la COGIP que travaille Jean-Christian -et Gilles Gabriel, persuadé qu’il est mort et que l’enfer ressemble à des bureaux. La peinture de l’uniformisation dans l’entreprise s’arrête malheureusement là ; le film y ajoute des petites piques contre les tics de langage contemporain, au travers du personnage de Marina Foïs (Muriel) qui ne parle que par néologismes et anglicismes. Tout cela ne va pas très loin, d’autant plus qu’une fois le ressort principal -une personne qui parle dans la tête d’une autre- accepté, ses développements deviennent très répétitifs.

Le ton burlesque adopté n’est pourtant assez méchant, assez grinçant pour tenir la distance : certes, Daniel Auteuil en loser maniaque et asocial n’est pas une représentation habituelle. Sa composition, sans être honteuse, est cependant à l’image du film : ne parvenant pas à sortir de la redondance, les personnages ne sont jamais approfondis. Ainsi celui de Muriel Perrache (Marina Foïs) est-il affublé de dialogues basiques la plupart du temps jusqu’au dénouement final dont le tropisme de comédie romantique surpasse de loin la fantaisie affichée. Sans doute le film aurait gagné à jouer un peu plus des expressions tordantes d’Alain Chabat, à surprendre peut-être en échangeant les rôles et en faisant de Daniel Auteuil, régulier malgré tout de la comédie populaire à la Veber ou à la Leconte, la voix in capite.

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