Accueil > Actualité ciné > Critique > La Tour 2 contrôle infernale mardi 9 février 2016

Critique La Tour 2 contrôle infernale

OVNI sur Orly, par Josué Morel

La Tour 2 contrôle infernale

réalisé par Éric Judor

Là où La Tour Montparnasse infernale pastichait ouvertement Piège de cristal, son prequel s’inspire assez logiquement de la suite des aventures de John McClane, 58 minutes pour vivre, remake inavoué et plutôt faiblard du premier volet. On craint d’abord un peu que le retour d’Eric et Ramzy en « gogols » perdus au milieu d’une attaque terroriste prenne le même chemin. Heureusement, il n’en est rien : la reprise des grands contours de 58 minutes pour vivre traduit plutôt le désintérêt que porte le film à sa veine parodique, assez ratée (cf. les gags sur les pilotes étrangers) et comme désinvestie. Il faut certes reconnaître que l’aéroport d’Orly constitue un décor au potentiel comique beaucoup moins fort qu’un gratte-ciel (il est de fait rapidement délaissé), ce qui explique en partie pourquoi l’humour s’articule ici assez peu sur les spécificités du lieu. Ce qui fait de La Tour 2 contrôle infernale un film à la fois moins stable mais aussi plus ambitieux que La Tour Montparnasse…, tant le récit délaisse la possibilité d’une solide armature narrative (les étages qu’il fallait grimper un à un dans le premier volet) pour ne reposer presque qu’entièrement que sur les épaules du duo, plus radical que jamais.

Le sens de la surcharge

À quoi tient le comique d’Éric et Ramzy, et plus spécifiquement celui d’Éric Judor, ici crédité comme metteur en scène ? Tout d’abord, à un sens de la surcharge parfaitement singulier dans le champ de la comédie française : il faut voir l’apparition du duo dégénéré lors d’une visite médicale, puis plus tard un échange dérivant de la mention d’un satellite jusqu’à une hallucinante blague sur les « romanichels » et les porcs-épics, pour réaliser à quel point cet humour recherche moins la punchline millimétrée qu’il ne sillonne un gag jusqu’à en faire perler une sève délicieusement absurde. Ensuite, à une violence autant verbale que masochiste qui, après un Platane [1] aux allures de Curb Your Enthousiasm français où Judor empilait les situations inconfortables et les humiliations, s’incarne ici par un burlesque ensanglanté proche du cartoon.

Vaste programme, qui s’accomplit en l’occurrence grâce à un partage des tâches assez surprenant entre les deux comiques : à Éric échoient les meilleures vannes, tandis que le corps de Ramzy est soumis aux sévices les plus fous – un dos sifflant transpercé de flûtes à becs et de flûtes à champagne, des mains réduites à des gants évidés et des bouts de membres ensanglantés qui se collent aux vitres. On écarquille les yeux : le film oscille en permanence entre gags conceptuels (le méchant interprété par Philippe Katerine, les éperviers), d’improbables montages de références (une mauvaise prononciation d’Einstein qui débouche sans que l’on sache trop comment à un clin d’œil à « Gangnam Style »), un non-sens visuel (les deux héros qui plongent en combinaison de plongée dans les tunnels des bagages pour ressortir d’une caverne à bord d’un wagon de mine) et une sauvagerie dont les excès filent parfois la nausée. Car loin de la comédie pantouflarde reposant sur le succès populaire d’un vieux hit, ce retour du tandem comique pousse au plus loin, et jusqu’à un certain déséquilibre, ce qui fait le sel de leur humour. Quitte à faire fi du cadre narratif – l’intrigue est d’ailleurs finalement bazardée en un raccord – et à mettre toute leur intelligence au service d’une parfaite idiotie. Le voyage est inégal et harassant, mais le jeu en vaut la chandelle : La Tour 2 contrôle infernale est d’ores et déjà l’OVNI comique de l’année.

Notes

[1Dont la deuxième saison mettait en scène avec une autodérision certaine le tournage alors fictif de La Tour 2 contrôle infernale.

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