Accueil > Actualité ciné > Critique > La Visita mardi 10 mai 2016

Critique La Visita

© Outplay

Dans la maison, par Adrien Mitterrand

La Visita

Suite à la mort de son père, Helena vient passer quelques jours dans la maison bourgeoise où sa mère travaille comme gouvernante, le temps de la veillée. Il se trouve qu’Helena était autrefois Felipe, et que ce changement de sexe n’est pas du goût de sa mère très croyante, qui va pourtant devoir peu à peu l’accepter telle qu’elle est. Voilà pour le fil directeur, plein de potentiel. C’est sans compter le surplace ahurissant de ce huis-clos qui, après une exposition nous présentant les personnages et l’enjeu principal, va se contenter d’aligner des scènes dont le but se limite à faire sentir à quel point l’ambiance de cette maison est étrange. Premier long métrage de Mauricio López Fernández, La Visita est en fait porteur de tous les travers de l’exercice de transformation d’un court-métrage en long.

Toute la panoplie du film d’horreur est convoquée. Nous observons des personnages dans leur lit à travers la fenêtre de leur chambre, nous entendons des histoires de nonnes sans tête racontées par la jeune et mystérieuse nouvelle gouvernante, et nous suivons le petit garçon de la famille, le regard terrifié, s’avancer silencieusement vers des portes que l’on croirait être celles de l’hôtel Overlook de Shining. Mais outre la mauvaise imitation de scènes célèbres, la seule et vraie question revient à se demander la raison de ces références aux films d’épouvante. Car La Visita n’en est pas un. Cette tension totalement artificielle s’abat donc sur le moindre geste, le moindre objet, de la table de jardin au pommeau de douche, nous détournant constamment de ce que le film est censé raconter, sans aboutir sur quoi que ce soit. Une telle déconnexion de la forme et du fond pourrait être voulue, mais à bien regarder, elle ne constitue qu’une diversion, dont le principal but est de gagner du temps.

The happening

On peut peut-être alors imaginer que la volonté initiale était de reconstituer une sorte de quotidien familial de manière à nous le rendre terrifiant. Il faut dire que les personnages ont tous des comportements plutôt inquiétants. Entre celui, mutique, à qui on interdit de manger du poulet, et celle qui parle toute seule dans son lit, on sent bien que de nombreux mystères se tapissent dans les recoins de la maison. Mais nous n’en prendrons jamais connaissance, ni même de l’histoire passée de ces personnages d’ailleurs. Ils nous resteront aussi étranges qu’étrangers du début à la fin, accumulant les attitudes suspectes sans que nous ne saisissions l’enjeu ni de leurs déplacement robotiques, ni de leurs longs silences appuyés tandis qu’ils regardent le vide, immobiles. Ne restent ainsi que les moments raccordés à l’intrigue principale autour de la relation entre Helena et sa mère, progressant lentement vers la résolution attendue le long de dialogues sur-écrits, sans que rien ne vienne jamais détourner son cours. Peut-être y avait-il une très lointaine inspiration des films de M. Night Shyamalan (dont le dernier film The Visit, est, coïncidence, un homonyme), mais en oubliant au passage ses fameux climax résolvant simultanément l’intrigue horrifique et les enjeux familiaux qui la sous-tendaient – ce qui a pour conséquence d’ôter à La Visita sa clé de voûte, et donc tout son intérêt.

Annonces