Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Chanteur mardi 26 janvier 2016

Critique Le Chanteur

La nouvelle star, par Michael Dequet

Le Chanteur

réalisé par Rémi Lange

Produit pour pratiquement rien, Le Chanteur est né de la rencontre entre le réalisateur Rémi Lange – qui s’était fait remarquer en 1997 avec Omelette, un joli film autobiographique – et Thomas Polly, chanteur vaguement excentrique dont les compositions sirupeuses n’auraient rien à envier au répertoire d’Hélène Ségara. Mais comme Jean-Daniel Pollet était lui-même fan de l’interprète du douloureux « Il y a trop de gens qui t’aiment », accordons au réalisateur le bénéfice du doute : en suivant la difficile montée à Paris d’un jeune orphelin se rêvant star de la chanson, Rémi Lange a très certainement voulu confronter les rêves d’un lunaire un peu inadapté au monde à une société hyper normative et consumériste. Quand on sait avec quel culot le réalisateur a autrefois entrepris de filmer une relation charnelle entre deux hommes dont l’un était amputé des quatre membres (Devotee, 2008), on était effectivement en droit d’espérer un film un peu punk sur les bords, peu soucieux de la bienséance et en-dehors de toute posture. Malheureusement, même si le manque criant de moyens a vraisemblablement limité l’ambition du réalisateur et de sa troupe d’acteurs, force est de constater que Le Chanteur est un échec sur toute la ligne : scénario poussif, mise en scène approximative, montage peu inspiré, direction d’acteurs catastrophique, bande-son inaudible, etc. Ne reste qu’à louer le soupçon de courage ou la bonne dose d’inconscience qui permet aujourd’hui au film de sortir dans quelques salles après un passage à l’édition 2014 du festival LGBT Chéries-Chéris.

L’argument du deuil

Au commencement de ce drôle de film, survient le décès de la mère de Thomas. Recueilli par sa tante « dont la vie n’est pas une comédie musicale » dans un morne petit bled de campagne (ce qui donne lieu à un paquet de scènes caricaturales qu’on croirait extraites d’un sketch des Inconnus), le jeune homme ne rêve que d’une chose : tout plaquer pour tenter l’aventure musicale dans la grande ville, ce qui nous vaudra une mémorable scène d’adieu sur le pas de la porte qui fait fi de toute vraisemblance spatiale. Seulement, la cité parisienne tant idéalisée amènera aussi son lot de grandes déceptions : obligé de se prostituer pour survivre ou de cohabiter avec une SDF alcoolique sous un pont en bord de Seine, Thomas va devoir se battre pour imposer son style et ses textes au sein d’une industrie musicale qui a décidé de ne pas le prendre au sérieux ou alors d’abuser physiquement de lui. Si cette reconversion semble au départ motivée par la disparition d’un être aimé, la mère du protagoniste ne reste pourtant qu’un fantôme dont l’évocation ne dépasse jamais le prétexte scénaristique, la faute à une mise en scène qui a excessivement misé sur son personnage principal dont l’égocentrisme borderline finit par tout scléroser. Le réalisateur a eu tort de croire qu’en filmant quelques « vraies » gueules cassées, cela confèrerait à son projet un incontestable parfum d’authenticité. Si on se doute qu’il n’est pas facile de produire un long-métrage entier avec si peu de moyens, on peut difficilement se laisser séduire par un résultat aussi bancal et maladroit.

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