Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Lendemain mardi 31 mai 2016

Critique Le Lendemain

© Zentropa

Fausse pudeur, par Juliette Goffart

Le Lendemain

Efterskalv

réalisé par Magnus Von Horn

Le premier long métrage de Magnus Von Horn s’inscrit dans la continuité d’un cinéma scandinave expert en dissection de la violence et de l’hypocrisie sociale : celui de Festen et La Chasse de Thomas Vinterberg ou encore de Dogville de Lars Von Trier. Le Lendemain fait en effet le récit prévisible et clinique d’une impossible réintégration, celle de John, un mystérieux adolescent à la figure angélique sorti tout juste de prison, victime du rejet de ses camarades de classe et de leurs parents. Exactement comme dans le décevant La Chasse, c’est la communauté toute entière qui ne manque pas de sombrer dans la brutalité au nom de ses propres valeurs et de sa peur de l’autre. Le scénario se contente alors de suivre le crescendo linéaire de cette violence d’abord larvée puis fracassante.

Le mystère du monstre

Si ce premier long-métrage de Magnus Von Horn a pourtant été sélectionné l’année dernière au festival de Cannes pour le prix de la Caméra d’or, c’est certainement en raison de sa mise en scène qui cultive le mystère, pleine de non-dits et de hors-champ : les raisons de l’incarcération de John ne seront jamais dites, son passé traumatique ne sera jamais montré, seules les réactions des autres laissent deviner la bestialité et l’horreur cachés derrière la gueule d’ange du jeune taulard. Ce dernier demeure résolument opaque et mutique, ne donnant à voir que son calme apathique et ses regards mélancoliques rivés sur le vide. Même lorsqu’une jeune fille attirée par ce monstre énigmatique demande à l’adolescent de rejouer un étranglement, l’acte demeure invisible, en dehors du cadre. Ce refus systématique de la monstration ne manque pas d’exciter, de manière finalement un peu facile, le voyeurisme du spectateur.

L’image parle néanmoins à la place du personnage avec une certaine efficacité. Le film part du sas d’un pénitentiaire pour mineurs, transparent comme un aquarium, pour ensuite étendre la prison à la ville tout entière. Tel un prédateur traqué, John se tient en effet reclus dans des lieux confinés pleins de surcadrages : l’étroit salon de la maison paternelle, le garage tenu porte close de sa petite amie, la chambre solaire et froide d’une ancienne victime. Même un stade de foot embrumé et filmé depuis un pare-brise, dans ce qui restera le plus beau plan du film, devient une arène menaçante pour la famille du jeune exclu.

Jeu de massacre

Mais la monstration sanguinolente se substitue hélas à la suggestion pudique dans un jeu de bascule systématique. Sous prétexte de lucidité et de réalisme social, le film sombre dans un univers sordide et noir, où la solitude et le désespoir viennent toujours après la tendresse. La mise en scène multiplie les images frontales d’agonie et d’agression : la « sortie de route » d’un grand-père sénile à table, les halètements laborieux d’un chien mourant puis abattu à bout portant, le reflet d’un visage défiguré. S’il s’agit d’autant de symboles d’une société en pleine déliquescence, à deux doigts de perdre le sens du pardon, de la tolérance et de l’humanité, le projet tourne à l’obscène dans cette manière toute particulière de s’acharner sur les personnages, mais aussi sur le spectateur. La belle séquence de dénouement, à la fois violente et solaire, esquisse heureusement l’espoir d’un sursaut d’humanité.

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