Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Lorax mardi 24 juillet 2012

Critique Le Lorax

Un peu de bio, beaucoup d’édulcorant, par Fabien Reyre

Le Lorax

The Lorax

réalisé par Chris Renaud, Kyle Balda

Relativement méconnu chez nous, le Dr Seuss est une icône absolue aux États-Unis, où ses livres pour enfants ont bercé des générations entières de bambins dès les années 1950. Célébrés pour leurs dessins pleins de fantaisie, leurs personnages facétieux et leurs valeurs inoxydables (tolérance, partage, générosité, respect), ses ouvrages ont marqué pour toujours la culture populaire nord-américaine. Dans les années 1970, des adaptations animées produites pour la télévision ont rencontré un succès tel que leurs rediffusions quasi systématiques à la période des fêtes de fin d’année ont permis à l’auteur (décédé en 1991) de devenir l’une des poules aux œufs d’or de l’industrie de l’entertainment : parc d’attraction, comédie musicale pour Broadway, produits dérivés...

Hollywood aura mis du temps avant de s’attaquer à l’œuvre pléthorique du Dr Seuss, et ce n’est qu’après sa mort que son épouse acceptera finalement de céder les droits du Grinch, pour un résultat désastreux. Les autres tentatives, guère plus convaincantes, ne rendent guère justice à la douceur des œuvres originales, dont l’équilibre quasi miraculeux entre poésie et naïveté est systématiquement réduit à néant une fois broyé par la machine hollywoodienne. Cette adaptation du Lorax, produite par Universal mais quasiment intégralement réalisée par l’équipe française en grande partie responsable du succès de Moi, moche et méchant il y a deux ans, n’échappe malheureusement pas à la règle. L’intrigue (dans une ville entièrement en plastique où les arbres n’existent plus et où l’air pur s’achète à prix d’or, un ado décide de retrouver une graine) est ici prétexte à un déluge de gags « hénaurmes », de dialogues remis au goût du jour pour satisfaire le public de 2012 et d’un message écolo certes efficace, mais aussi subtil qu’un résumé de L’Environnement pour les nuls adapté aux tout-petits.

Moi, moche et gnangnan

Les plus jeunes apprécieront, mais les plus grands risquent fort de frôler l’indigestion, tant le film ressemble à une visite dans une usine de bonbons où fraises Tagada et sucres d’orge feraient office de déco du sol au plafond. Curieusement, c’est lorsque le film se laisse aller à exploiter les plus grosses ficelles du film d’animation à la Disney (créatures de la forêt top choupinettes, humour grotesque et larmes faciles) qu’il se révèle le plus efficace. On se laisse alors guider sans trop d’efforts dans un monde ultra-aseptisé et tellement balisé qu’on en devine les moindres recoins avec un plaisir presque coupable. Las, la promenade dans le monde merveilleux du Lorax (créature grincheuse et écolo venue sur terre pour protéger les arbres d’un jeune et naïf arriviste corrompu par l’appât du gain facile) tourne vite court, et les ressorts hystériques du divertissement à gros budget reprennent vite leurs droits. À quand une adaptation gonflée de l’œuvre de Dr Seuss façon Max et les Maximonstres, le beau film de Spike Jonze adapté d’un autre géant de la littérature pour enfants, Maurice Sendak ?

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