Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Monde de Narnia, chapitre 1 : Le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire (...) mardi 20 décembre 2005

Critique Le Monde de Narnia, chapitre 1 : Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique

Buena Vista International

Le (bel ?) ennui de Noël, par Vincent Avenel

Le Monde de Narnia, chapitre 1 : Le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire magique

The Chronicles of Narnia : The Lion, the Witch and the Wardrobe

réalisé par Andrew Adamson

Chassés de Londres par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, quatre enfants d’une même famille vont découvrir chez leur hôte à la campagne un monde magique dont ils doivent changer le destin. Adapté d’un classique de la littérature enfantine, écrit par un ami de Tolkien, par le réalisateur des Shrek, le film fait illusion un temps, avant de retrouver les défauts des contes de fées aseptisés made in Disney.

Londres, la Seconde Guerre mondiale : le conflit fait rage en Europe et la capitale anglaise est sous les bombes. Les quatre enfants de la famille Pevensie, pressés par leur mère, rejoignent une retraite campagnarde, propriété d’une gouvernante acariâtre et d’un mystérieux professeur. Au hasard d’un jeu, les enfants découvrent, avec plus ou moins d’incrédulité, le monde de Narnia, endroit magique accessible depuis une "armoire magique". Une prophétie dit qu’ils sont ceux qui vont vaincre la reine-sorcière tyrannique qui règne sur le pays et le maintient sous l’emprise d’un éternel hiver. Ils devront pour cela : 1) rejoindre le lion, héros de la résistance, 2) apprendre à se servir des objets magiques qui leur ont été opportunément offerts et 3) évidemment, se souvenir que les valeurs à redécouvrir sont celles de l’entraide et de la famille.

Créée par l’ami de Tolkien, C.S. Lewis, la saga de Narnia comprend de nombreux livres : ce film est l’adaptation du premier. Venant après des myriades de création de contes de fées cinématographiques, le scénario n’apporte rien de neuf, sinon les effets numériques, qui peuvent aujourd’hui donner aux cinéastes toute latitude pour laisser libre court aux délires visuels les plus étourdissants. Hélas, ce n’est ni du point de vue de la mise en scène ni de celui des effets que le film peut prétendre briller. Andrew Adamson semble ici avoir été intimidé par les prises de vues réelles et abandonne la frénésie humoristique de ses Shrek pour un conte léché et sans âme. Comme le plus souvent, c’est l’infantilisation à outrance du conte qui pêche ici : on ne doit montrer ni sang, ni violence, et désamorcer tout ce qui pourrait ne pas attirer les familles en ces fins d’année. Malgré tout ses défauts, Les Frères Grimm de Gilliam respectait au moins le conte en cela que la peur, comme la grandiloquence visuelle stylisée, étaient très présentes, sans y être ostentatoires. Narnia suit ce chemin, pendant quelques temps, et l’on peut y croire au miracle, au conte rythmé, vivant, enlevé, prenant... Mais hélas, le rythme se perd bien vite, et le film ne devient rapidement rien de plus qu’une démonstration pour jouets de luxe et armures en plastique à acheter au stand goodies de Disneyland.

La tendance se confirme de plus en plus : depuis que les ordinateurs ont donné un pouvoir quasi illimité aux réalisateurs d’un point de vue visuel, l’audace se perd et la mise en scène pâtit sérieusement de ces facilités. Les antiques L’Histoire sans fin, Dark Crystal ou Ladyhawke, pour ne citer que certains des plus fantasmagoriques, tiraient une partie de leur substance féerique du fait qu’il n’était guère possible de tout montrer, et qu’il fallait ruser avec le regard du spectateur et la mise en scène pour que la magie opère. Aujourd’hui, que ce soit la saga des Harry Potter ou ce Narnia, le choix ne se fait plus : on peut, donc on doit tout montrer. Dans ce dernier film plus que dans tous les autres, cette grossièreté devient flagrante : les jeunes acteurs, déplorables la plupart du temps, ont été filmés sur un écran bleu et incrustés à l’image, le plus souvent d’une façon qui rend leur jeu encore moins crédible et l’âme de leurs personnages, diaphane. L’émotion est absente, et la seule chose à voir est donc celle sur laquelle le plus de travail a été effectué : les effets. Narnia : plein les yeux, rien entre les oreilles.

Parangon d’un cinéma pop-corn et bûche de Noël, Narnia est le parfait divertissement creux de fin d’année, d’autant plus qu’il est ponctué d’une bande-son tonitruante destinée à souligner de façon lourde tous les moments d’émotion. Film se voulant féerique et épique, Narnia fait regretter L’Histoire sans fin et Le Seigneur des anneaux, mais sera sans doute convenable pour quiconque veut saturer d’images surchargées l’esprit des plus jeunes. Le film fera un remarquable programme de Noël, l’année prochaine à la télé, mais le petit écran lui aura fait perdre son dernier attrait.

Annonces